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Qu’est-ce que la remigration ?

3 ARTICLES – La remigration vue par :
I / Philippe Vardon
II / Le Rouge & le Noir
III / Remigration catholique


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I / la Remigration vue par Philippe Vardon

jeudi 28 août 2014 – Âgé de 33 ans, Philippe Vardon a participé à la fondation du mouvement identitaire en 2002 et en est toujours l’une des figures les plus connues.

Il a écrit plusieurs ouvrages (notamment un intéressant abécédaire : Éléments pour une Contre-Culture identitaire) et publiera fin août un recueil de nouvelles intitulé Militants. Philippe Vardon a récemment participé à l’élaboration des « 26 mesures pour une politique de remigration » présentées par le Bloc Identitaire en réponse à la feuille de route délirante du Parti Socialiste. Et c’est notamment à ce titre qu’il nous a semblé opportun d’interroger l’auteur et activiste identitaire dans le cadre de notre controverse estivale.

1) Vous êtes l’un des propagateurs du concept de remigration. Pouvez-vous nous l’expliciter ?

Philippe Vardon : C’est assez simple en fait : l’immigration massive que subissent la France et l’Europe crée des troubles majeurs qui mettront en danger l’existence de notre nation et notre civilisation elles-mêmes si l’on ne travaille pas rapidement, c’est-à-dire dans les décennies qui sont devant nous, à inverser la tendance. Pour clore cet interlude, cet accident historique, qu’aura été la présence massive dans notre pays de millions de Français administratifs, n’étant en fait Français ni de sang ni même de cœur pour la plupart, il faut donc envisager – calmement, sereinement, mais sérieusement – qu’une grande partie de ces immigrés ou descendants d’immigrés retrouvent leur patrie, c’est-à-dire la terre de leurs pères.
Il ne s’agit donc pas uniquement de stopper l’immigration, urgence absolue et évidente mais à laquelle je pense que nos politiques (à l’exception de quelques extrémistes ou cinglés) finiront par se ranger, mais bien de mettre en place politiquement les conditions d’un grand retour qui est la seule possibilité d’enrayer le Grand Remplacement.
Le constat de l’échec de la société multiculturelle (donc multiconflictuelle) et multiraciale (donc multiraciste) imposée aux Français est désormais largement partagé. La remigration, c’est-à-dire le retour dans leurs pays d’origine, de manière pacifique et concertée, d’une majorité des immigrés extra-européens présents sur notre territoire est la seule solution permettant de répondre à l’ampleur du phénomène et d’éviter le chaos.

2) La seule solution ? Pourtant d’autres voix en appellent au recours à l’assimilation républicaine, ou encore à la « réconciliation ».

Philippe Vardon : C’est déjà ennuyeux de se mentir à soi-même, mais quand on est un responsable public il faut aussi s’efforcer de ne pas mentir aux autres…
Quelqu’un peut-il réellement s’imaginer que nous allons « assimiler » la dizaine de millions de musulmans, de plus en plus revendicatifs et radicaux, aujourd’hui présents sur notre sol, ou bien que nous allons nous « réconcilier » avec les sympathiques supporteurs de l’équipe d’Algérie ayant démontré suffisamment clairement quel était leur vrai pays de sang et de cœur ?
Imagine-t-on que d’un coup ceux qui brandissent des étendards du djihad ou sortent leurs drapeaux algériens à la moindre occasion, ceux qui se gavent de chansons où l’on répète que l’on « nique la France » à chaque refrain, vont devenir des bons petits Français parce qu’ils chantent la Marseillaise et agitent le drapeau tricolore ?
On me dira qu’il s’agit là de minorités sur lesquels je me focalise, eh bien je crois en fait tout l’inverse. Je pense, et je parle ici par empirisme, qu’ils sont l’expression de la majorité.
J’entends d’autres encore me dire que la France n’applique plus une politique d’assimilation volontariste. C’est en partie vrai, mais quand bien même serait-ce le cas, cela ne suffirait plus. Le seuil où l’assimilation républicaine, comme réponse globale, pourrait encore s’avérer opératoire est largement dépassé.
Vous connaissez la formule : on peut assimiler des hommes, pas des communautés. En effet, l’assimilation est une démarche personnelle profonde, elle exige un dépouillement et une renaissance. D’une certaine manière je pense qu’on peut la comparer à une conversion religieuse. Il n’est d’ailleurs pas rare que dans notre pays le processus d’assimilation de personnes n’ayant pas été élevées dans la religion catholique se termine par un baptême. Cela me semble très significatif.
On me dit souvent aussi que l’assimilation est la « ligne » du Front National, mais je crois qu’elle en est plutôt l’idéal. J’ai entendu à plusieurs reprises Marine Le Pen déclarer que cet idéal d’assimilation était désormais rendu impossible justement par le caractère trop massif de l’immigration. Elle a aussi parfois ajouté, à juste titre, que les différences culturelles trop importantes constituaient un facteur aggravant. [1] C’est aussi la position d’un Eric Zemmour, pourtant grand défenseur de l’assimilation à la française, quand il déclare : « Il y a trop d’immigrés venus d’Afrique du nord et d’Afrique noire, et ils n’arrivent pas à s’intégrer parce qu’ils sont trop nombreux. » C’est en effet à mes yeux la conjonction entre le nombre d’immigrés et l’origine d’une majorité d’entre-eux – trop éloignée de notre identité française et européenne – qui rend aujourd’hui impossible l’assimilation. Pour résumer, l’assimilation massive ne peut être présentée comme une solution à l’immigration massive.
Pour ce qui est des formations prônant la « réconciliation », il me semble évident que beaucoup d’immigrés ou descendants d’immigrés rejoignent ces groupes davantage par détestation d’Israël ou des USA que par amour de la France. Je suis peut-être trop exigeant, mais cela ne suffit pas à mes yeux pour faire un Français… Je constate par ailleurs personnellement et quasi-quotidiennement l’échec patent de cette logique : les jeunes musulmans qui m’insultent et me menacent sur internet en me reprochant mon engagement contre l’immigration et l’islamisation ont bien souvent des profils Facebook où se côtoient références djihadistes et sketchs de Dieudonné.
Les fameux « patriotes musulmans » existent sans doute, mais tout comme les poissons volants du génial dialogue d’Audiard il est évident qu’ils « ne constituent pas la majorité du genre  ». Loin d’avoir rapproché ces jeunes immigrés du patriotisme français, je me demande même dans quelle mesure les théories de la « réconciliation » mal digérées n’ont pas participé à nourrir leur haine de la France et des Français, vus comme partie prenant du bloc occidental honni.

3) Comment concilier un regard « dur » sur l’immigration avec les nécessités de charité, voire même simplement d’humanité ?

Philippe Vardon : Je commencerai par rappeler qu’il n’est écrit nulle part que ce devoir, auquel je souscris bien volontiers, de charité et d’humanité soit uniquement dû aux immigrés. Parce que je crois que la politique c’est autant mettre les choses en ordre que dans le bon ordre et donc savoir discerner aussi ce qui est prioritaire, pour ma part je n’oublie pas les populations d’accueil, et singulièrement mon peuple, frontalement confrontées aux conséquences (économiques, sécuritaires, sociales, sanitaires et identitaires) de l’immigration massive et incontrôlée que nous subissons. Les responsables politiques ou acteurs publics de toute sorte qui continuent de fermer les yeux me semblent en effet en tout premier lieu manquer de charité et d’humanité envers leur propre peuple ! Par ailleurs, il ne me semble pas non plus que déraciner les hommes, leur faire miroiter un Eldorado qui n’existe pas, ou leur offrir l’extraordinaire chance de crever en se noyant entre les côtes libyennes et l’île italienne de Lampedusa relève d’une pensée réellement charitable. De la bonne conscience sans doute… Une bonne conscience si bien décrite par cette phrase de Jean-Jacques Rousseau dans l’Émile : « Méfiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin de leur pays des devoirs qu’ils dédaignent accomplir chez eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins. »
Je crois que notre vision de la remigration, tout au contraire, en offrant un cadre politique (ferme, fort, mais non pas « dur » contrairement au terme que vous avez employé et qui me semble induire une notion d’injustice) répond au principe de charité pour les populations d’accueil et les migrants. Nous nous situons à rebours tout autant du prétendu amour universel béat des sans-frontiéristes, qui oublient le plus souvent dans leur élan leur propre peuple (quand ils ne s’inscrivent pas carrément dans la détestation de celui-ci), et de la haine aveugle de ceux qui ne jurent plus que par des solutions extrémistes pour résoudre ce problème.
A ceux-la, dont je peux comprendre la rage pour avoir moi-même vécu ds une cité, avec ce terrible sentiment d’être un étranger sur ma propre terre, un immigré de l’intérieur, nous souhaitons justement apporter l’espérance a travers une réponse politique.
J’aime beaucoup le mot d’ordre anarchiste « Politise tes inquiétudes, tu inquiéteras les politiciens » ; nous le paraphrasons et disons aux petits blancs qu’on dépossède peu à peu de leur héritage « Politise ta colère » ! Je pense que les propositions que nous mettons sur la table s’efforcent de respecter la nécessaire charité, et visent in fine à préserver le bien commun tout simplement.

4) Très bien, mais parlons donc concret alors : comment voyez-vous les choses ? Quel est le « plan »et comment s’articulent vos propositions ?

Philippe Vardon : Le plan ? Rendre la France à elle-même, et donc aussi rendre cette vieille nation à son peuple historique… les Français ! C’est pour cela que je pense par exemple que ceux qui veulent à tout prix opposer défense de l’identité et défense de la souveraineté font fausse route. Je me définis aujourd’hui comme un alter-européen : je crois en la nécessité d’une alliance politique des patries d’Europe et suis un défenseur acharné de notre civilisation commune, et c’est justement à ce titre que je m’oppose au monstre froid de Bruxelles.
Ainsi, sans verser donc dans un discours anti-européen absurde, il est tout à fait évident que pour mettre en place les mesures que nous préconisons et une politique de remigration efficace, le peuple français devra recouvrer sa souveraineté. C’est-à-dire simplement sa liberté politique, le droit de décider de son avenir. Mais si cette souveraineté nationale et populaire n’était pas mise au service de la défense de l’identité de notre nation et son peuple, alors elle ne serait plus qu’un vulgaire outil administratif. Peu m’importe la souveraineté d’un État qui ne serait plus l’incarnation institutionnelle de la France charnelle et éternelle qui vit en nous, tout comme en nos ancêtres et nos descendants. Il y a là un écueil et une limite du discours strictement souverainiste qui semble parfois attacher plus d’importance au contenant qu’au contenu, aux frontières et à la monnaie qu’au peuple et à son identité.
Mais venons-en justement à la batterie de mesures concrètes que nous avons proposé. [2]
Précisons tout de même auparavant que pour une politique efficace, cette feuille de route mériterait d’être complétée par une seconde, celle de la promotion d’une redécouverte de notre identité à travers un certain nombre de mesures de réenracinement (allant de la culture à l’économie, en passant par l’éducation ou les institutions) de nos compatriotes. Nous avons esquissé cela à travers notre dernière proposition, la création d’un grand Ministère de l’identité et de l’enracinement.

On peut considérer que nos propositions s’articulent autour de trois grands axes : tout d’abord, bien sûr, l’arrêt de l’immigration et la refonte des conditions d’acquisition (et de déchéance) de la nationalité française ; ensuite la mise en place d’une série de mesures marquant nettement la différence entre étrangers et nationaux sur notre sol et la réaffirmation de la primauté absolue de notre identité, notamment à travers le refus de l’islamisation ; enfin la redéfinition de nos rapports avec les pays d’émigration et la mise en places de mesures d’aides au retour.
J’insiste sur les deux derniers axes, la logique est simple : il s’agit de faire comprendre qu’ici c’est chez nous et qu’il n’est donc plus possible d’agir en profitant de notre régime social tout en se plaçant dans une logique de sécession politico-culturelle, bref de créer une envie de retour, pour répondre dans un deuxième temps à cette envie à travers des propositions concrètes de remigration. Sans allocations généreuses, sans lois prétendument « anti-discrimination » les transformant en sorte de super-citoyens capricieux à qui on ne peut rien refuser, sans possibilité de vivre selon leurs règles, il est certain que nombre d’immigrés envisageront de retourner vers des cieux plus cléments.
Voilà pour l’esprit, mais il me semble d’illustrer le propos en évoquant quelques unes des mesures que nous avons proposées, tout en renvoyant vos lecteurs vers l’ensemble de celles-ci. [3] Tout d’abord, dans le cadre de l’arrêt de l’immigration nous pouvons évoquer des évidences telles que l’abrogation du droit du sol et du regroupement familial (funeste mesure instituée par le tandem de « droite » Giscard-Chirac je le rappelle) ou encore l’expulsion automatique et interdiction de territoire de tout étranger commettant un délit ou un crime, entrée illégale sur le territoire comprise, sur notre sol. Ajoutons aussi la déchéance rétroactive de la nationalité française pour tout étranger naturalisé ayant commis un délit ou un crime ces 10 dernières années et pour tout binational ayant commis un crime ou délit. Enfin, évoquons dans le même registre le gel des naturalisations pour les pays hors-UE pendant 10 ans, hormis à titre militaire (le passage par les rangs de la Légion Étrangère n’est-il pas une belle preuve d’attachement à la France ?), et la négociation avec nos partenaires de la mise en place d’une véritable protection aux frontières de l’UE, s’accompagnant d’une sortie de l’espace Schengen en cas de refus. Dans le volet concernant les mesures sociales restaurant la priorité nationale nous avons proposé la suppression totale de l’AME, l’instauration de la préférence locale, nationale, et européenne dans le cadre des embauches, et l’exclusivité des aides sociales et des logements sociaux aux nationaux et ressortissants européens. Très logiquement, l’interdiction de toute propagande en faveur de l’immigration réalisée à l’aide de fonds publics (chaînes de télévision et radios, mais aussi journaux bénéficiant de l’aide de l’État) accompagne ces mesures.
Dans le même ordre d’idées, nous prévoyons l’arrêt des subventions et l’interdiction des associations soutenant l’immigration clandestine, ainsi que le retour dans le code pénal du délit d’aide à l’immigration clandestine avec peine de prison systématique en cas de récidive tout comme pour les patrons employant en connaissance de cause des salariés immigrés clandestins.
Concernant la lutte contre l’islamisation, nous proposons des mesures de bon sens telles que l’interdiction de tout financement public ou étranger des mosquées, l’interdiction des minarets, l’interdiction des prêches en arabe et l’interdiction également de prêcher pour les imams étrangers. Afin d’endiguer la radicalisation et l’affirmation-provocation nous proposons aussi d’interdire le port du voile islamique dans l’espace public ou encore d’interdire l’UOIF (émanation en France des Frères Musulmans interdits dans plusieurs pays arabes) et toute organisation liée à des réseaux islamistes internationaux.

Enfin, une nouvelle ère doit s’ouvrir dans les relations avec les pays de la rive sud de la Méditerranée, en refusant le pillage des richesses – et notamment des cerveaux en rejetant la logique de l’immigration choisie – mais aussi par exemple en soumettant les aides économiques et militaires à un contrôle de leurs zones d’émigration ou encore en exigeant que les peines de prison de leurs ressortissants soient effectués chez eux.
Vous l’aurez compris, l’ensemble de ces mesures risque de donner de vives envies de retour au pays, et c’est pourquoi nous envisageons dans ce « plan » la création d’un Haut-Commissariat à la Remigration et la mise en place d’un Fond d’Aide au Retour associé au lancement d’une campagne de sensibilisation incitant les immigrés à rentrer chez eux. Ces mesures vous semblent aujourd’hui « impossibles » ou « radicales » ? Je suis intimement persuadé que les temps à venir se chargeront de vous faire changer d’avis… Ce qui est réellement impossible c’est la poursuite de la cohabitation explosive de plusieurs populations sur notre territoire. « C’est une tragique illusion que de vouloir faire coexister dans un même pays des communautés ayant des civilisations différentes. L’affrontement est alors inévitable. » nous avertissait déjà en 1978, clairvoyant, l’ancien Ministre de l’intérieur de Giscard, Michel Poniatowski. Mais cela, une majorité de Français en ont bien conscience aujourd’hui. Il est d’ailleurs très intéressant d’observer l’évolution du discours des immigrationnistes eux-mêmes : ceux qui nous disaient auparavant « C’est formidable » murmurent aujourd’hui « Ils sont là, faut faire avec » ! Terrible aveu.

5) Pensez-vous qu’il soit aujourd’hui possible pour un parti politique français de parler de remigration ?

Philippe Vardon : Oui. Tout d’abord parce que je ne crois pas aux « agendas cachés » en politique et je ne les crois pas souhaitables. Ainsi, si l’on considère qu’il est aujourd’hui nécessaire d’envisager la remigration d’une bonne partie des immigrés et descendants d’immigrés extra-européens présents en France et si c’est la politique que l’on souhaite mettre en place dans le cadre d’une accession au pouvoir (a priori objectif de toute formation politique sérieuse), alors il faut non seulement le dire mais s’efforcer d’en convaincre les électeurs. Aujourd’hui les partis, à travers la dérive sondagière, ont de plus en plus tendance à élaborer leurs positions en fonction de l’opinion. C’est la mort de la fonction politique. Je crois tout au contraire que le parti est un outil de transformation sociale et de diffusion d’idées, il doit donc être la courroie de transmission vers le peuple en cherchant à convaincre les citoyens de ce que ses responsables et militants croient juste et bon, tout autant qu’un médiateur entre le citoyen, dont il se fait le porte-parole, et les gouvernants.
Pour en revenir à la remigration et la possibilité de la défendre dans le cadre d’un programme, puisque c’est là le fond de votre question, je rappelle tout d’abord que le Front National a longtemps défendu dans son projet officiel « l’inversion des flux migratoires », terme un peu technocratique mais signifiant sensiblement la même chose. Une position reprise à son compte par Marine Le Pen elle-même quand, le 11 septembre 2011 lors de ses Journées d’Été dans ma bonne ville de Nice, elle a déclaré après avoir considéré que l’assimilation est devenue impossible que « l’intérêt de la France est de cesser toute immigration et même d’en favoriser l’inversion des flux. » [4] Et pour rester du côté du « nouveau » FN, c’est l’eurodéputé Aymeric Chauprade qui dans une toute récente et brillante tribune (dont je recommande la lecture globale) a développé une vision sur le sujet qui me semble très proche du concept de remigration et même de la façon dont celui-ci a été articulé dans les 26 mesures élaborées par le Bloc Identitaire : « Notre pays a accueilli des millions de musulmans. Une partie restera, une autre devra partir. […] Les autres (ils sont nombreux) qui font le choix de l’Oumma plutôt que de la France, qui voilent leur femme et leurs filles, qui adoptent la barbe salafiste, ceux-là n’ont vocation ni à être ni à rester français. Le refus énergique de l’islamisation (en refusant la construction de mosquées et l’intégration des règles islamiques dans nos coutumes) autant que la réforme profonde des conditions d’accès à l’État-Providence seront les deux choix politiques forts qui créeront les conditions du retour de ceux qui n’ont pas voulu choisir d’aimer la France. » [5]
Le FN n’est pas forcément le seul parti concerné d’ailleurs. Je suis persuadé que dans les mois ou années à venir – et notamment pour circonvenir le vote frontiste justement – nous verrons des élus de la droite dite « parlementaire » (sans doute parce qu’elle palabre beaucoup et agit peu) effleurer l’idée de remigration. Et je m’empresse de rajouter que c’est tant mieux ! L’idée doit se propager, dépasser les frontières partisanes.
Il est évidemment logique qu’il y ait une avant-garde, et c’est tout le sens du combat idéologique et culturel que mène (en l’adossant à un activisme audacieux) les identitaires. Le constat de l’échec du multiculturalisme, comme je l’ai évoqué plus haut, est aujourd’hui relativement unanime ou le sera bientôt. Mais l’on ne peut se contenter de cela et il nous appartient d’élaborer des réponses alternatives. Bref, passer du constat partagé à la solution politique à propager.
Des solutions dont l’objectif n’est pas que le débat intellectuel, l’étalage de concepts ou l’amour de la disputatio mais bien l’application concrète en vue du Bien Commun. Le préalable est donc la prise de pouvoir politique par une force patriote et alternative, et vous l’aurez compris (j’ai par ailleurs clairement exprimé ce choix lors de l’élection présidentielle de 2012) c’est aujourd’hui en Marine Le Pen que je place mes espoirs, comme un nombre chaque jour grandissant de Français. Malgré les défauts réels du FN et les reproches que l’on pourrait lui faire (et que d’une certaine manière, si l’on est son « ami », on se doit même de lui faire), c’est bien sa présidente qui me semble la plus à même de répondre au défi historique que notre nation et notre civilisation vont devoir affronter. Derrière le Grand Remplacement, derrière la remigration, il y a une idée simple : la renaissance ou la disparition. Avouez que ce n’est pas rien… mais c’est aussi pour ça que je remercie Dieu de vivre aujourd’hui, pour être un acteur de cette période cruciale.
Dans la perspective de cette prise de pouvoir politique que j’estime aujourd’hui possible avec un petit coup de pouce de la Providence, il est nécessaire de fournir une boussole, des orientations, à notre camp. « Les vents ne sauraient être favorables à celui qui ne sait où il va. » enseigne Sénèque.

6) Dans le cadre de notre controverse notre directeur de la publication, Carol Ardent, a proposé la mise en place d’un statut de « pérégrin ». Que pensez-vous de cette idée ?

Philippe Vardon : Je crois y déceler une certaine proximité(et la même référence antique) avec l’idée développée par le GRECE et en particulier par Alain de Benoist d’une dissociation entre nationalité et citoyenneté. A vrai dire, qu’il s’agisse de cela ou du statut de « pérégrin », cela ne me semble pas une réponse adaptée. Il y a dans cette idée, je le crains, une dimension rejoignant le fameux « Ils sont là, faut faire avec » que j’ai déjà évoqué.
Eh bien non, on ne va pas faire avec, on va faire ce qui est nécessaire pour le bien de notre peuple et la continuité de notre civilisation. Et je ne crois pas que faire cohabiter sur un même territoire différentes catégories de citoyens, dotés de droits variables, soit un facteur de stabilité et de paix civile. D’autant plus que ces différentes catégories de citoyens recouperont très largement des communautés ethno-culturelles… Situation explosive à prévoir. Je ne crois pas que l’on puisse se permettre le luxe d’un accommodement raisonnable : il faut revenir à la norme une nation, un peuple, une identité. Un modèle qui réussit mieux au Japon que le multiculturalisme n’a réussi au Liban ou à la Yougoslavie. Dans la France d’après (pas celle de Sarkozy, celle d’après la remigration !), idéalement il ne devrait plus rester que le petit nombre de descendants d’immigrés parfaitement assimilés et des résidents étrangers pour lesquels la question de l’obtention de droits politiques ne me semble pas devoir se poser. Les invités ne décident pas du menu…
Notre nationalité ayant été vidée de sa substance par le cumul de différents processus (citoyenneté jacobine abstraite, droit du sol, regroupement familial, naturalisations et « régularisations » de clandestins, etc.), nous devons mettre en place une refondation du vieux pacte patriotique, celui qui nous relie à notre terre en même temps qu’à nos pères, tout autant qu’une refonte du code de la nationalité. La remigration, qui n’est rien d’autre qu’une reconquista par des moyens politiques, légaux et pacifiques, doit permettre de restaurer le lien fondamental entre nationalité, identité et citoyenneté. L’identité fonde la nationalité qui elle-même fonde la citoyenneté. Cela me semble devoir être la norme.

7) Un dernier message ?

Philippe Vardon : Oui, à travers deux citations volontaristes qui me semblent absolument essentielles et parfaitement complémentaires : « Le désespoir en politique est une sottise absolue », enseignement de Charles Maurras, et « La politique consiste à rendre possible ce qui est nécessaire » du Cardinal de Richelieu.


[1https://www.youtube.com/watch?v=H3rtlEVz4NQ « Il suffit enfin d’avoir des yeux pour s’apercevoir que cette arrivée massive en un temps très bref, 20 ou 30 ans, de femmes et d’hommes ayant pour une très grande majorité une culture très différente de la notre rend toute assimilation inopérante, voir impossible.
La France se voit ainsi confrontée au multi-culturalisme qui bouleverse ses lois, ses moeurs, ses traditions, ses valeurs de civilisation et son identité, alors que l’on sait que les sociétés multi-culturelles deviennent toujours multi-conflictuelles. Alors je le dis ici solennellement, l’intérêt de la France est de cesser toute immigration et même d’en favoriser l’inversion des flux.
 »

[2Pour consulter les 26 mesures du Bloc Identitaire dans sa « Feuille de route pour l’identité et la remigration » > http://www.bloc-identitaire.com/actualite/3033/bloc-identitaire-presente-feuille-route-politique-identite-et-remigration

[3Pour consulter les 26 mesures du Bloc Identitaire dans sa Feuille de route pour l’identité et la remigration > http://www.bloc-identitaire.com/actualite/3033/bloc-identitaire-presente-feuille-route-politique-identite-et-remigration

[4https://www.youtube.com/watch?v=H3rtlEVz4NQ « Il suffit enfin d’avoir des yeux pour s’apercevoir que cette arrivée massive en un temps très bref, 20 ou 30 ans, de femmes et d’hommes ayant pour une très grande majorité une culture très différente de la notre rend toute assimilation inopérante, voir impossible. La France se voit ainsi confrontée au multi-culturalisme qui bouleverse ses lois, ses moeurs, ses traditions, ses valeurs de civilisation et son identité, alors que l’on sait pourtant que les sociétés multi-culturelles deviennent toujours multi-conflictuelles. Alors je le dis ici solennellement, l’intérêt de la France est de cesser toute immigration et même d’en favoriser l’inversion des flux. »

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II / La Remigration par Le rouge & le Noir Antichroniques du temps présent

vendredi 25 juillet 2014

Le pourquoi et le comment de la remigration

C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !

(Conversation entre le général de Gaulle et Alain Peyrefitte le 5 mars 1959 au moment des événements d’Algérie — C’était de Gaulle, tome 1, Alain Peyrefitte, éd. éditions de Fallois/Fayard, [1])

Remigration : ce néologisme, inconnu de Littré, a surgi au devant du débat qui est venu, en assez peu de temps en définitive, occuper la scène autour des conséquences de cette réalité taboue nommée, en 2010, par Renaud Camus : le Grand remplacement.

La peur que cristallise ce débat, de part et d’autre, est mue par deux ressorts : d’abord la crainte, occultée ou niée par les uns, de plus en plus ouvertement avancée par les autres, d’une modification radicale et irréversible de la composition de la population française ; ensuite le sentiment que les populations immigrées non seulement ne cherchent pas à s’assimiler, mais rejettent majoritairement, contrairement à une idée reçue, la culture et le mode de vie de leur pays d’accueil.

Concernant le premier constat, il a été graphiquement mis en exergue par le site Fdesouche, retraitant des chiffres tirés des rapports de l’administration : en 2012, 34% (61% en Île-de-France) des naissances en France métropolitaine étaient d’origine extra-européenne ou ultramarine (personnes originaires d’Afrique (Afrique sub-saharienne et Maghreb), d’outre-mer, de certaines régions de la péninsule arabique, de l’Inde et du pourtour méditerranéen). [2]. Pour illustrer son propos, il a représenté ces chiffres sur une carte reproduite ci-dessous.

Quand au second ressort du débat, la démographe Michèle Tribalat l’a fort bien résumé dans un livre, Assimilation : la fin du modèle français, qui étonne par la candeur, nouvelle dans une publication de ce niveau, avec laquelle il aborde le sujet : « L’attraction des pays européens est nichée dans leur niveau de vie et leur protection sociale et non dans leur prestige culturel ou historique. » [3]

L’émergence de cette polémique illustre une métamorphose plus large et plus profonde du débat politique français, amorcée à partir des années 2000 : les thèmes qui l’ont traditionnellement dominée, pendant le dernier quart du XXe siècle, comme l’économie, l’Europe, n’ont pas tout à fait disparu ; mais leur importance a décru à mesure que l’opinion publique percevait l’incapacité de la classe politique, toutes tendances confondues, à peser utilement dans ces domaines.

A émergé concomitamment un débat sur l’identité, au périmètre plus large, bien évidemment, que celui de l’immigration tout en lui étant étroitement associée. Or l’establishment politique, administratif et médiatique est depuis une quinzaine d’années, gauche et droite confondues, entièrement peuplé par la génération contemporaine ou postérieure à mai 1968 pour laquelle les présupposés sociologiques bourdieusiens — au cœur desquels se situe l’idée reçue que l’immigration serait une « chance pour la France » — relèvent de la vérité révélée : elle assimile donc tout débat sur la question identitaire à l’équivalent d’un péché contre le Saint-Esprit et s’est montrée prête à à peu près tout pour l’étouffer dans l’œuf sans lui laisser la moindre prise dans l’espace politique commun.

L’article récemment consacré par Rue 89 au « grand remplacement » : l’idée raciste qui se propage, illustre jusqu’à la caricature — « en France, les flux d’immigration au plus bas » — cette doxa qui nie, contre toute évidence, la réalité de ce phénomène.

Cette espèce de négationnisme officiel autour de la remigration ne fera pourtant pas disparaître de l’esprit des électeurs une préoccupation désormais largement partagée : une enquête Ipsos, réalisée pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et le Cevipof, note que 70% des sondés (et jusqu’à 83% chez les sympathisants de l’UMP) trouvent qu’il y a « trop d’étrangers en France ». Ils sont 62% à estimer que l’on « ne se sent plus chez soi comme avant ». Par ailleurs, 29% seulement jugent que « l’immense majorité des immigrés qui se sont installés en France ces trente dernières années est bien intégrée ». Pour 46%, « pour réduire le nombre de chômeurs, il faut réduire le nombre d’immigrés ». Enfin, 57% jugent que « le racisme anti-Blanc est assez répandu en France ».

L’émergence de travaux comme ceux, dans un genre polémique, de Renaud Camus [4] ou ceux, plus académiques, de Michèle Tribalat, ne doit pas occulter l’improvisation et la confusion qui caractérisent encore le débat sur la remigration : subi et très mal vécu par l’establishment, encore assez largement spontanément bricolé du côté de la mouvance identitaire, c’est sa perméabilité des deux côtés aux idées reçues, dictées par l’actualité, qui frappe le plus : les incivilités, en elles-mêmes quand même dérisoires quoique réelles, survenues à l’occasion de la Coupe du monde de football, ont encore illustré l’incapacité des deux camps — « immigrationnistes » comme identitaires — à structurer intellectuellement et moralement leur discours et à les situer dans une perspective historique et géographique.

La gravité du sujet et cette détermination des pouvoirs publics d’en nier la réalité rendent indispensable de considérer cette question avec rigueur, puisque nous nous exprimons ici d’abord comme catholiques, sous l’angle de la foi, placée dans son contexte, tant historique que présent.

Il est donc proposé de se livrer ici à un examen en trois temps :

  • en considérant d’abord la nécessaire articulation entre devoir de charité et amour de la patrie charnelle ;
  • en plaçant ensuite la remigration dans son contexte historique ;
  • en examinant enfin successivement l’opportunité, puis la faisabilité d’un renversement des flux migratoires.

Le devoir de charité, soumis au bien commun, admet nécessairement que les êtres humains ont un droit inaliénable à de légitimes enracinements, mais contester la possibilité de tout mouvement migratoire revient à un déni de l’Histoire

Le devoir de charité, contrairement à ce que soutient une bonne partie du clergé actuel, ne peut être général et absolu

Le conformisme de l’Église d’après le Concile met résolument l’accent sur ces paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ : « Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger : j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire : j’ai eu besoin de logement, et vous m’avez logé. » [5]

Le chrétien est pourtant obligé de trouver un équilibre : le devoir de charité, quoique général et absolu dans son principe, ne peut s’exercer que dans un contexte, dans lequel il n’y a pas opposition entre la politique et l’Évangile ; ce contexte touche non seulement aux relations entre les individus, — comme le lobby immigrationniste au sein de l’Église le sous-entend implicitement, — mais aussi au devoir qui incombe à tout chrétien exerçant une responsabilité politique d’œuvrer au bien commun. Comme le relève saint Thomas d’Aquin :

« Le bien particulier est ordonné au bien commun comme à sa fin : car l’être de la partie est pour l’être du tout. D’où il suit que le bien de la nation est plus divin que le bien d’un seul homme ». [6]

L’application que nous faisons de ce principe doit aussi, comme le rappelle Aristote, tenir compte de la nécessaire hiérarchie des biens communs :

« Si l’on exerce l’autorité sur un petit nombre, on est un maître ; si ce nombre est plus grand, un chef de famille ; s’il est encore plus grand, un homme politique ou un roi, comme s’il n’y avait aucune différence entre une grande famille et une petite cité… Or ce n’est pas vrai. » [7]

Un peuple, propriétaire du territoire qu’il occupe, est libre de le partager ou non avec des tiers

Cette hiérarchie des biens communs s’insère naturellement dans l’ordre voulu par le Créateur : les théologiens enseignent unanimement qu’Il a donné la terre et ce qu’elle renferme à l’humanité en général, sans distinction, pour y habiter et en tirer sa subsistance. Bien que cette affectation universelle perdure dans un certain nombre de domaines, comme l’air que nous respirons ou la lumière du soleil, les hommes se sont depuis l’origine approprié des biens : et cette appropriation peut légitimement s’exercer tant du fait des individus que des familles, des sociétés ou des nations. Un peuple, propriétaire du territoire qu’il occupe, est libre de le partager ou non avec des tiers qui auraient quitté la terre dont ils étaient des ressortissants, mus soit par le goût de l’aventure, soit par la nécessité. [8]

Mais l’état de nécessité ne justifie pas tout : les théologiens enseignent que seul le cas d’extrême nécessité — c’est à dire le péril de mort imminent — permet de se servir des biens du prochain. Un homme mourant de faim peut donc légitimement se servir dans un magasin d’alimentation sans pour autant commettre un vol ; un homme en danger de mort est fondé à chercher à émigrer dans un pays où sa vie ne sera plus menacée ; dans tous les autres cas, en revanche, l’idée selon laquelle il existerait un droit inaliénable à s’installer où l’on veut ne repose sur aucune base morale. Affirmer, comme le font implicitement les lobbys immigrationnistes, que la Terre serait restée une vaste étendue sans maître que peut et doit se partager librement une humanité aussi cosmopolite que possible dénie aux êtres humains le droit à de légitimes enracinements.

Pie XII a fort bien résumé l’équilibre que la religion catholique prône traditionnellement entre devoir de charité et amour de la patrie :

« Et il n’est pas à craindre que la conscience de la fraternité universelle, inculquée par la doctrine chrétienne, et le sentiment qu’elle inspire, soient en opposition avec l’amour que chacun porte aux traditions et aux gloires de sa propre patrie, et empêchent d’en promouvoir la prospérité et les intérêts légitimes ; car cette même doctrine enseigne que dans l’exercice de la charité il existe un ordre établi par Dieu, selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l’on est uni par des liens spéciaux. Le Divin Maître Lui-même donna l’exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur l’imminente destruction de la Cité sainte [9]. Mais le légitime et juste amour de chacun envers sa propre patrie ne doit pas faire fermer les yeux sur l’universalité de la charité chrétienne, qui enseigne à considérer aussi les autres et leur prospérité dans la lumière pacifiante de l’amour [10]. »

Contrairement à ce qu’affirment beaucoup d’identitaires, un mouvement migratoire n’est pas mauvais en lui-même

Les milieux identitaires européens contemporains ont tendance a déduire des difficultés induites par l’immigration vers notre continent que les mouvements migratoires seraient toujours une mauvaise chose, y compris lorsque ce sont des Européens qui émigrent. Dans la doxa identitaire actuelle, l’enracinement de chaque peuple prime sur tout. Chaque peuple, quel que soit sa situation, son degré de développement civilisationnel, aurait un droit absolu, qui le placerait sur un pied d’égalité avec tous les autres, à résider sur son territoire.

Pourtant, cette mythologisation de l’enracinement est contredite par l’histoire du continent européen, ce que le lobby immigrationniste ne se prive au demeurant pas de rappeler. Les peuples indo-européens — Grecs, Italiques, Germains, Slaves, Celtes… — qui en sont les occupants historiques le sont tous devenus au terme d’invasions lancées à partir d’un Urheimat asiatique dont nous ne connaissons pas avec certitude tous les détails mais dont aucun historien ne conteste la réalité.

L’idée que les peuples autochtones installés antérieurement aux Indo-européens auraient disposé d’un « droit » de repousser l’invasion n’a aucun sens, de même que l’armée romaine n’aurait sûrement pas songé à invoquer le droit face à la Völkerwanderung des tribus germaniques. La réalité est bien que chaque mouvement migratoire met face à face des peuples dont la vigueur, la fertilité et la volonté de se défendre détermineront l’issue de l’invasion. Et l’histoire nous a démontré que ce sont ces facteurs, révélateurs de la « jeunesse » ou de la « vieillesse » relative d’un peuple, qui sont déterminants, davantage que le degré d’avancement civilisationnel ou même technique.

Les Européens ont mené pendant cinq siècles des mouvements migratoires vertueux, mais à partir de la décolonisation, les mouvements migratoires se sont inversés et sont devenus mutuellement destructeurs de richesses

C’est donc essentiellement un sophisme que d’affirmer, au nom de l’enracinement, que l’immigration serait en elle-même toujours condamnable.

Pie XII, abordant en 1949 la politique d’immigration des États-Unis, plaidait pour une politique migratoire pragmatique et ouverte : « Certains pays, en raison de leur étendue, de leurs ressources, de la composition de leur population et de leur histoire, sont, davantage que d’autres, en mesure d’accueillir des immigrés. Est-ce que la politique d’immigration est aussi libérale que les ressources naturelles le permettent dans un pays aussi abondamment béni par le Créateur et telle que les besoins d’autres pays semblent l’exiger ? » [11].

L’émigration européenne, la migration globale la plus spectaculaire de l’Histoire

Or un mouvement migratoire vertueux tel que celui que décrit Pie XII n’est pas seulement une possibilité théorique. Il a existé pendant longtemps : même sans remonter aux invasions qui façonnèrent la composition ethnique du continent européen, les cinq derniers siècles nous donnent l’exemple d’un mouvement migratoire à grande échelle, initié à partir de l’Europe et qui fut très largement bénéfique. Il démontre que l’idée que l’immigration représenterait nécessairement un coût pour le pays d’accueil est fausse, non seulement en théorie, mais en pratique.

Ce mouvement d’exploration, suivi dans de nombreuses contrées d’un peuplement par des colonisateurs européens, a conduit à un essor considérable de ces régions ; les conditions sanitaires y ont été spectaculairement améliorées, des villes et des infrastructures modernes construites ; l’établissement d’un État de droit, l’abolition de l’esclavage, sans oublier bien sûr l’évangélisation des peuples indigènes… Toutes ces réalisations, mises bout à bout, donnent de sérieux arguments à ceux qui font un bilan global positif de la colonisation, sans pour autant occulter ses pages noires. On oublie aujourd’hui que pendant l’après-guerre, la plupart des observateurs s’accordaient encore pour considérer que les pouvoirs publics des États étaient en mesure d’organiser intelligemment une immigration de peuplement dans les régions du globe dont les ressources n’étaient pas exploitées : c’est à ces régions en priorité que Pie XII songeait lorsqu’il affirmait, en 1952, « Notre planète […] ne manque pas de régions et de lieux propres à la vie, abandonnés au caprice d’une végétation spontanée, alors qu’ils s’adapteraient au travail des hommes, à leurs besoins. » [12].

Dans les années 1950 et jusque dans les années 1980 pour certaines destinations — dominions blancs du Commonwealth, Afrique australe — la tradition du départ à la recherche d’une nouvelle vie, en provenance des pays historiquement fournisseurs de migrants, dont notamment l’Irlande, l’Italie, l’Allemagne mais aussi dans une moindre mesure l’Angleterre et l’Écosse, était encore vivace. Ce mouvement, qualifié par le démographe David Coleman de « migration globale la plus spectaculaire de l’Histoire », vit 54 millions de personnes émigrer vers la seule Amérique du Nord entre 1815 et 1930 [13].

Mais l’aventure civilisatrice européenne reçut, sinon un coup d’arrêt immédiat, du moins un choc qui lui fut fatal en quelques années avec la décolonisation. L’ordre géopolitique d’après-guerre fut entièrement dicté par les deux nouvelles superpuissances, les États-Unis et l’Union soviétique, l’une et l’autre pour des raisons différentes partisanes du démembrement des empires coloniaux européens qui étaient le véhicule et la vitrine de cet effort civilisateur. L’une et l’autre hypothéquaient ce faisant à plus long terme leur propre puissance : l’Union soviétique parce qu’elle était en réalité le dernier Empire [14] ; les États-Unis parce que les mouvements politiques qu’ils soutinrent, notamment au Proche-Orient, se retournèrent contre eux à partir des années 1980.

Le désastre algérien de 1962 permet de mesurer à la fois l’ampleur de ce phénomène et la brutale rapidité avec laquelle il y a été mis fin. En 1959, les pieds-noirs étaient 1.025.000, soit 10,4% de la population vivant en Algérie. Leur poids relatif était en baisse après un maximum atteint de 15,2% en 1926. La démographie en pleine expansion de la population musulmane contribuait à cette situation. Toutefois, la distribution de la population résultait en des régions à forte concentration de pieds-noirs, Bône (aujourd’hui appelée Annaba), Alger, et surtout l’Oranie. La population d’Oran était en effet européenne à 49,3% en 1959.

L’inversion brutale des flux migratoires a conduit la majeure partie du continent africain à la ruine

Or, en quelques mois, entre la fin du printemps et septembre 1962, 800.000 Français de souche ou juifs assimilés furent contraints de quitter l’Algérie dans des conditions de précipitation et de violence abominables, le départ de cette population travailleuse, éduquée et respectueuse de la loi conduisant rapidement l’Algérie à la ruine.

En effet, la population d’origine européenne et juive s’est massivement réfugiée en France en quelques années : aux 150.000 ayant quitté l’Algérie avant 1962, il convient d’ajouter les 650.000 pied-noirs qui rejoignent la rive Nord de la Méditerranée avant l’indépendance et encore quelques dizaines de milliers postérieurement à cette dernière. Mais dès septembre 1962, Oran, Bône, ou Sidi-bel-Abbès étaient à moitié vides. Toutes les administrations, police, écoles, justice, activités commerciales s’arrêtèrent ainsi en trois mois.

Des exodes similaires, quoique de moindre ampleur, se produisirent dans presque toutes les colonies de peuplement européennes lors de leur démantèlement : la Rhodésie du Sud (1980), l’Afrique du Sud-Ouest (1990) et l’Afrique du Sud (1994), qui en furent les derniers vestiges, clôturèrent ce processus qui laissa le continent africain exsangue à tous égards : politiquement, administrativement, socialement et économiquement et l’État de droit y est aujourd’hui absent où réduit à l’impuissance dans de très nombreux territoires.

Ce processus était toutefois inéluctable. Le coût de la colonisation, pour la France comme pour les autres puissances européennes, devint en effet avec le temps insoutenable : il a été mis en évidence par les historiens qui se sont intéressés à la question, notamment Jacques Marseille [15] et Daniel Lefeuvre [16]. Ces derniers ont établi que ses colonies ont représenté pour la France un coût astronomique : en 1956, Raymond Cartier, journaliste à Paris-Match, lança son fameux « la Corrèze avant le Zambèze ». Il écrivit ainsi, parlant de la Hollande, « [elle] ne serait peut-être pas dans la même situation si, au lieu d’assécher son Zuyderzee et de moderniser ses usines, elle avait dû construire des chemins de fer à Java, couvrir Sumatra de barrages, subventionner les clous de girofle des Moluques et payer des allocations familiales aux polygames de Bornéo [17]. » Pour les mêmes motifs, le général de Gaulle déclara en 1961 : « C’est un fait : la décolonisation est notre intérêt et, par conséquent, notre politique [18]. »

Comment justifier un renversement des flux migratoires ?

On ne peut donc, pour renverser les flux migratoires, si l’on fait le présupposé que c’est nécessaire, se reposer sur un droit des Européens de souche à rester entre eux sur leur continent, un mouvement migratoire s’apparentant essentiellement à un rapport de force dont les conséquences peuvent être bonnes comme mauvaises. Les deux seules questions qui valent d’être posées avant de prôner la remigration sont ainsi, d’abord, une appréciation sur l’impact de l’immigration dont l’Europe est le théâtre puis, dans le cas où cet impact serait négatif, l’évaluation de sa faisabilité pour proposer une manière réaliste et honorable de renverser son flux.

S’agissant de l’impact de l’immigration en France aujourd’hui, on peut l’évaluer sous trois angles : son coût financier, son effet sur la vie en société et son résultat religieux et culturel.

Le coût financier

Que les canons de la bienséance politique dominante interdisent, sous peine d’être jugé infréquentable, toute appréciation négative des conséquences financières de l’immigration n’empêche pas que la chose soit relativement aisée : de même que le départ des colons européens fut catastrophique pour l’Afrique, de même le renversement des flux migratoires qui se déclencha au même moment fut désastreux, non seulement pour l’Europe mais aussi pour les pays d’origine des migrants dans lesquels s’installa vite l’idée selon laquelle la seule voie rationnelle pour mener une vie convenable était le départ vers l’ancienne métropole. De fait, compte tenu de la désorganisation économique dans laquelle s’enfonça l’Algérie après l’indépendance et que le socialisme étatique poursuivi par le gouvernement algérien ne fit qu’amplifier, les émigrés de retour en Algérie d’Europe à l’été de 1962 y retournèrent très rapidement et l’émigration vers la France, organisée par plusieurs accords inter-gouvernementaux successifs, reprit, poussée par une croissance démographique effrénée [19] sans ensuite véritablement discontinuer.

Le coût de l’immigration en France a fait l’objet de très nombreuses études, qui aboutissent à des résultats qui varient considérablement. En 1990, le prix Nobel d’économie Maurice Allais expliquait que lorsqu’un nouveau travailleur immigré entrait en France, il était nécessaire de réaliser certaines infrastructures de logements, d’hôpitaux, d’écoles, de réseaux de transport, d’installations industrielles, etc. Il estimait que ces dépenses publiques représentaient « une épargne supplémentaire égale à quatre fois le salaire annuel de ce travailleur ». Et Allais de poursuivre que « si ce travailleur arrive avec sa femme et trois enfants, l’épargne nécessaire sera égale à vingt fois son salaire annuel, ce qui manifestement représente une charge très difficile à supporter. » [20]. Les estimations précises récentes de ce coût varient entre 24 et 84 milliards d’euros annuels :

  • la plus récente (2013), l’étude de l’expert comptable André Posokow pour la fondation Polémia chiffre à 84 milliards d’euros (soit 0,8% du PIB [21]) le coût annuel de la présence immigrée en France ;
  • le rapport Laulan (actualisation de 2011), plus particulièrement connu parce que ses conclusions ont été reprises par le Front national, chiffre les coûts nets directs ou indirects de l’immigration à 73,3 milliards d’euros ;
  • la fourchette basse et quelque peu datée (2005), située à 24 milliards d’euros, est représentée par le rapport Bichot [22].

Ainsi, par une ironie de l’histoire, la décolonisation n’a donc pas mis fin à l’hémorragie financière induite par la colonisation. Sur le plan strictement économique, l’immigration n’est pas une chance pour la France.

L’impossibilité de vivre ensemble

Ces 0,8% de PIB que coûterait, dans l’hypothèse la plus pessimiste, la population immigrée à la France, légitimeraient-ils à eux seuls la remigration ? Beaucoup considéreront que l’expulsion forcée de douze millions de personnes, dont plusieurs nées en France ou y habitant depuis plusieurs générations, ne se justifierait pas par ce seul fait. Les partisans de la remigration ne se reposent donc jamais sur de pures considérations financières. Ils sont en revanche nombreux à soutenir que ce sont en réalité les incivilités, disproportionnellement imputables aux populations immigrées, qui constituent pour la communauté nationale le défi le plus dramatique : Laurent Obertone, dans La France Orange mécanique [23], a bien démontré le poids prépondérant, dans la délinquance, des populations immigrées arabo-mahométanes, poids que confirme au demeurant le journal Le Monde, qui a estimé, en 2008, que 60 à 70% des détenus en France sont mahométans alors que les sectateurs de cette religion représentent « à peine 12% de la population totale du pays. »

La transformation de portions entières du territoire en zones de non-droit, décrite par Laurent Obertone, s’est accompagnée de l’émergence d’une économie parallèle s’appuyant sur le commerce de la drogue et dont le ministre de l’intérieur estime la valeur à deux milliards d’euros.

Ce phénomène s’accompagne d’une tribalisation de la société française, encore impensable il y a vingt ans, tant elle va à l’encontre de la tradition de l’intégration républicaine. La France n’est certes pas le seul pays à subir ce type de phénomène, comme l’illustrent les émeutes de Londres en 2011, ou celles que peuvent parfois connaître les Pays-Bas, la Belgique ou l’Espagne. Laurent Obertone la décrit ainsi :

« Des groupes qui ont leur morale, leurs lois, leur hiérarchie, considèrent notre société comme un groupe ennemi, un réservoir de victimes qu’on peut agresser pour se construire une notoriété au sein de son propre groupe. Pour reprendre un langage ethnologique, la fracture morale entre “ eux ” et “ nous ” est très nette, car tuer celui d’un autre groupe, ce n’est pas grave, au contraire. Comme les citoyens fuient les groupes violents, des pans entiers du territoire leurs sont abandonnés. De notre côté, la morale dominante consiste à nier cette réalité. [24] »

Conclure à la « sous-adaptation culturelle de certains individus à notre société occidentale », comme le fait Laurent Obertone, est un pas facile à franchir. Les incivilités les plus graves, lui répondra-t-on peut-être, sont le fait d’une minorité d’individus. Mais la transformation radicale opérée par l’immigration opère au-delà de ce noyau extrême : à côté du coût financier, détaillé supra, des transferts de ressources en faveur de la population immigrée, à côté de l’effondrement des valeurs morales induit par l’omniprésence, dans certaines zones, de réseaux criminels organisés, des dépendances sociales se sont sournoisement très majoritairement installées sans exiger de leurs bénéficiaires qu’ils se plient, en contrepartie, à aucune règle.

La destruction, potentiellement irréversible, de l’identité culturelle et religieuse de l’Europe

Il convient de réserver une place particulière, dans le traitement de la remigration, à la religion mahométane, à laquelle adhère une part très importante des populations issues de l’immigration dans presque tous les pays européens. La spécificité de cette menace a déjà été évoquée dans ces colonnes.

Même des observateurs non suspects d’extrémisme en conviennent : le mahométanisme n’est pas compatible avec les moeurs françaises. Le général de Gaulle, dans un passage reproduit in extenso en exergue et maintes fois cité des souvenirs de son collaborateur Alain Peyrefitte, décrit la France comme « avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ». Il anticipe l’impossibilité pour ce peuple, sans perdre cette identité, d’un destin durablement partagé avec une population arabo-mahométane caractérisé par une fertilité nettement plus élevée [25]. C’est pourtant très exactement le scénario qui s’est réalisé, comme le démontrent les données sur les naissances citées supra.

Conséquence de cet afflux : d’après certaines estimations, les mahométans représenteraient jusqu’à 20% de la population : selon Azouz Begag, ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances dans le gouvernement Dominique de Villepin, il y en aurait, — on peut quand même espérer que ce chiffre est exagéré, — entre quinze et vingt millions.

On ne peut conclure sans rappeler la dimension géopolitque du débat sur les flux migratoires, qui fait de la présence en Europe d’un nombre important de leurs coreligionnaires un élément déterminant du rapport de plus en plus conflictuel, — le choc civilisationnel, pour reprendre son nom le plus galvaudé, — entre les États du monde arabo-mahométan et le berceau historique de la Chrétienté. Deux facteurs, le terrorisme islamiste spectaculairement révélé lors des attentats new-yorkais de septembre 2001 et le transfert de ressources massif et continu, depuis les années 1970, vers ces États en raison de la rente pétrolière, contribuent à déséquilibrer encore le rapport de force en défaveur de l’Europe : le mouvement migratoire vers son sol est en effet accompagné d’un recyclage à énorme échelle, — lui aussi largement nié ou passé sous silence par les pouvoirs publics des pays concernés, — de la rente pétrolière par ses bénéficiaires vers l’acquisition d’actifs en Europe et de capacités d’intervention militaire considérables. La puissance financière que cette manne donnera à ces États tant que l’effet d’aubaine qui est à sa source ne se sera pas tari est également employée par eux au financement, à une énorme échelle, d’un réseau de lieux de culte et d’établissements d’enseignement consacrés à entretenir et raviver la pratique mahométane chez les populations immigrées, voire à l’étendre vers les populations européennes de souche [26]. Cet élément a déjà modifié le rapport de force entre les États du Golfe persique et les anciennes puissances mandataires, créant ainsi une situation où le poids démographique des migrants, dont la plupart acquièrent la nationalité du pays d’accueil, devient le pendant du poids politique acquis par les pays arabes. Cette conjonction fait donc bien de la remigration un élément d’un jeu global complexe dans lequel l’immigration est néanmoins un paramètre déterminant.

La remigration : un chantier à ouvrir ?

Face à ce constat, un problème de taille demeure. L’impact de l’immigration subie par les pays européens, massif, justifierait bien, dans un monde idéal, que son flux, — qui s’établit de façon constante à quelques 200.000 entrées par an, — soit non seulement stoppé mais inversé. Est-ce faisable ? Or, autant le débat sur son opportunité commence, comme nous l’avons vu, à être assez nourri, autant le chantier de sa faisabilité est totalement vierge. L’ampleur de la question d’une éventuelle mise en œuvre de la remigration est telle qu’on ne peut guère que l’effleurer ici. La comparaison, parfois tentée, avec l’exode pied-noir ne tient guère : ce dernier a concerné, même en comptant large, moins de deux millions de personnes, alors qu’il s’agirait ici, pour la seule France, d’en expulser, potentiellement, plus de dix millions.

Malgré le tournis que peut donner en première analyse cette perspective, des pistes ne relevant pas du fantasme ou du délire extrémiste existent. Parmi celles qu’il conviendrait de creuser, à mesure que le débat autour de la remigration mûrira, figurerait notamment une étude à mener sur les raisons pour lesquelles certains pays développés, même frappés d’une démographie encore plus chancelante que la nôtre, comme le Japon ou la Russie, sont restés ethniquement homogènes ; mais aussi la recherche d’une destination possible, qui pourrait être les pays du Golfe persique, auxquels il ne serait pas déraisonnable d’intimer de poursuivre chez eux, ou du moins ailleurs qu’en France, le soutien massif qu’ils apportent depuis trente ans, avec les conséquences que l’on sait, à l’installation chez nous de leurs coreligionnaires. Cette voie aurait l’avantage de privilégier le départ des immigrés pratiquant le mahométanisme, dont nous savons qu’ils sont les moins susceptibles d’assimiler les mœurs et usages de la France

Pour l’heure, nous n’en sommes pas là et la feuille de route est d’autant plus blanche que le Gouvernement, lui, s’est résolument engagé dans la poursuite de l’immigration et ne s’en cache pas : ses orientations sont détaillées dans un document, « Politique d’égalité républicaine et d’intégration », rendu public en février dernier.

Le Bloc identitaire, favorable depuis sa fondation à la remigration, s’efforce depuis quelques mois, avec un certain succès, d’appeler l’attention de l’opinion sur le sujet. Commentant sa « Feuille de route pour la politique d’identité et de remigration », publiée en réaction à celle du Gouvernement, il observe avec réalisme :

Loin des fantasmes de « réconciliation » ou d’assimilation massive, nous pensons que le seul moyen d’éviter le chaos qui découle fatalement des sociétés multiculturelles (et donc multiconflictuelles) c’est aujourd’hui d’envisager, de manière pacifique et concertée, la remigration. C’est-à-dire le retour dans leurs pays d’origine d’une majorité des immigrés extra-européens présents sur notre territoire. Si ces mesures peuvent sembler aujourd’hui « impossibles » ou « radicales » à certains, nous sommes persuadés que les temps à venir se chargeront de les rendre à la fois possibles et nécessaires.

L’attitude à adopter est en revanche loin de faire l’unanimité au sein du Front national, ses propositions actuelles consistant en une version diluée à l’extrême de celles citées plus haut.

Les mouvements politiques engagés, à des degrés divers, dans la lutte contre les conséquences de l’immigration ont désormais atteint un poids électoral très important, non seulement en France mais dans de nombreux autres pays européens. Si, comme on peut le penser, cette tendance se poursuit, le débat sur l’opportunité de la remigration s’amplifiera. Le Bloc identitaire est donc sans doute fondé à croire que sa faisabilité gagnera corrélativement des partisans. Mais pour que le débat avance, il faudra qu’il prenne le temps de bien faire le tour du pourquoi de la remigration avant d’aborder le vaste chantier, en friche, de son comment.


[1Tous les successeurs du général de Gaulle, hormis François Hollande, ont exprimé des préoccupations sur le risque que posait l’immigration pour la France :

« Il va de soi que lorsque deux communautés se trouvent vivre mélangées, avec des habitudes, des convictions, des modes de vie absolument différents, il se crée des conflits. Il est déjà difficile de vivre en paix avec ses voisins. A plus forte raison lorsque ces voisins ont des habitudes absolument différentes des vôtres. » (Georges Pompidou, conférence de presse du 27 septembre 1973.)

« Ce déplacement dans l’origine des immigrés exprime une modification de la nature socio-économique de l’immigration. Bien que dans cette matière sensible il faille manipuler les mots avec précaution, en raison de la charge émotionnelle ou historique qu’ils portent, ce type de problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l’immigration (« arrivée d’étrangers désireux de s’installer dans le pays ») vers celui de l’invasion (« action d’entrer, de se répandre soudainement « selon la définition donnée par Littré). » (Valéry Giscard d’Estaing, « Immigration ou invasion », Le Figaro magazine, 21 septembre 1991.)

« Le seuil de tolérance a été atteint dès les années 70 où il y avait déjà 4,1 à 4,2 millions d’étrangers (…) Autant que possible, il ne faut pas dépasser ce chiffre, mais on s’y tient depuis des années et des années. » (François Mitterrand, intervention télévisée du 10 décembre 1989, en réaction à la victoire électorale du Front national à Dreux, citée par Ralph Schor, Français et immigrés en temps de crise (1930-1980), L’Harmattan, 2004, p. 64.)

« Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui ensemble gagnent environ 15 000 francs et qui voit sur le palier à côté de son HLM entassée une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales sans naturellement travailler… Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, hé bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. » (Jacques Chirac, discours à Orléans, 19 juin 1991)

« Il y a un moment où nous devons dire par souci de l’équilibre de nos comptes sociaux et de la bonne marche de notre système d’intégration que nous ne pouvons pas accueillir tout le monde. […] Je ne demanderai pas d’efforts aux Français pour rétablir l’équilibre de nos comptes et, dans le même temps, je n’accepterai pas qu’il y ait une l’immigration qui vienne en France poussée par l’attrait pour nos prestations sociales parce que notre système social n’y résistera pas. » (Nicolas Sarkozy, discours à Elancourt (Yvelines, 28 mars 2012, cité par L’Express, 29 mars 2012.)

[2Ces chiffres sont tirés d’un recensement rendu public par la Haute autorité de la santé. L’analyse citée recoupe les données statistiques de l’INSEE avec les chiffres que la Haute Autorité de Santé vient de publier dans un avis concernant le dépistage de la drépanocytose, maladie génétique touchant des personnes originaires d’Afrique (Afrique sub-saharienne et Maghreb), d’outre-mer, de certaines régions de la péninsule arabique, de l’Inde et du pourtour méditerranéen (en Europe sont concernées l’Italie du sud, la Sicile et la Grèce). En France métropolitaine, seuls les nouveaux nés dont les parents sont originaires de ces régions sont dépistés : le nombre des dépistages effectués correspond donc à peu de choses près au nombre des naissances issues de l’immigration non européenne. 271.887 dépistages ont été effectués en métropole en 2012, ce qui représente 34% du total des naissances en France métropolitaine.

[3Michèle Tribalat, Assimilation : la fin du modèle français, L’Artilleur, 2013. Michèle Tribalat est directrice de recherches à l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques) et auteur de plusieurs ouvrages sur l’immigration (Les Yeux grands fermés, Denoël, 2010, La République et l’Islam, Gallimard, 2002). Elle a été membre du Haut Conseil à l’Intégration.

[4Renaud Camus, cité par Polémia, définissait ainsi le problème : « Il ne s’agit plus de “réformer la politique d’immigration”, pour la centième fois : ça, ce sont les mesurettes auxquelles je faisais allusion à l’instant. Il s’agit non seulement d’arrêter complètement l’immigration, mais de renverser les flux migratoires, d’inaugurer la remigration. Il s’agit de savoir si on s’accommode de la colonisation en cours, de la passation de pouvoir entre une civilisation et d’autres, ou bien si on les refuse, avec l’énergie du désespoir. »

[5Mt., XXV, 35.

[6Sum. contra Gent., III, 17.

[7Aristote, Polit. I, 1.

[8Pie XII, qui s’est penché à plusieurs reprises sur cette question, commentant les tensions induites par les migrations importantes consécutives au second conflit mondial, a ainsi relevé l’existence, dans certains cas, d’un véritable état de nécessité de l’immigré : « la souveraineté de chaque nation, bien que fort respectable, ne doit pas s’étendre de telle sorte que, possédant de tous côtés de la terre pour nourrir encore beaucoup d’autres, elle en refuse l’accès, sans motif suffisant et juste, aux nécessiteux nés en d’autres lieux et dotés de mœurs honnêtes, quand cela ne s’oppose pas au bien public pesé justement. » (Lettre à la National Catholic Welfare Conférence des États-Unis, 24 décembre 1948 ; cf. Documents pontificaux 1948, p. 461.)

[9Lc., XIX, 41-44.

[10Summi Pontificatus (20 octobre 1939), 37.

[11Allocution a des membres du Congrès des États-Unis, 22 octobre 1949.

[12Exsul familia nazarethana, 1er août 1952, cité par l’abbé Grégoire Célier (Grégoire Célier, Un regard chrétien sur l’immigration, Via Romana, 2007.)

[13David A. Coleman, , « Le rôle majeur de la migration dans les processus démographiques », in Histoire du peuplement et prévisions, Graziella Caselli, Jacques Vallin, Guillaume J. Wunsch éd., INED, 2004, p. 60.

[14Cf. Hélène Carrère d’Encausse, L’Empire éclaté, Flammarion, 1978.

[15Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, Albin Michel, 1984.

[16Daniel Lefeuvre, Chère Algérie. La France et sa colonie (1930-1962), 2005.

[17Cité par Jacques Marseille, op. cit., p. 19.

[18Conférence de presse du 11 avril 1961.

[19La population algérienne augmente à un rythme soutenu, voisin de 3% par an sur toute la période 1962-1978, à cause d’une natalité qui reste très forte (sept à huit enfants par femme en moyenne) alors que la mortalité, en particulier infantile, baisse : en seize ans, la population algérienne passe de 10 à 17 millions d’habitants (Jacques Fontaine, MCF honoraire de géographie, Université de Franche-Comté, Note historique : L’Algérie depuis l’indépendance – Le modèle de développement urbano-industriel étatique, février 2013.)

[20Le Figaro, 5 décembre 1990.

[21Le produit intérieur brut de la France pour 2013 s’est établi selon l’INSEE à 2.054,7 milliards d’euros.

[22Jacques Bichot (Lyon III), Gérard Lafay (Panthéon Assas Paris II) et Yves-Marie Laulan (Dauphine/Paris II/Polytechnique) pour l’Institut géopolitique des populations.

[23Laurent Obertone, La France Orange mécanique, Ring, 2013.

[25Lors de son entrevue avec le président algérien Ben Bella, le 13 mars 1964, il lui déclara fermement : « Cessez de nous envoyer des travailleurs migrants, qui essaient encore de se faire passer pour des harkis. Nous n’en avons que trop. Vous avez voulu l’indépendance, vous l’avez. Ce n’est pas à nous d’en supporter les conséquences. Vous êtes devenu un pays étranger. Tous les Algériens disposaient d’un an pour opter pour la nationalité française. Ce délai est largement dépassé. Nous n’en admettrons plus. Débrouillez-vous pour les faire vivre sur votre sol. » (Alain Peyrefitte, op. cit., vol. 2, p. 444.)

[26Le politologue Gilles Kepel, notamment, a mis en exergue les réseaux de financement du salafisme dans les banlieues françaises.
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III / La Remigration catholique

mercredi 6 août 2014

Plaidoyer pour une « remigration » catholique

En France, de nombreux catholiques cherchent actuellement à « remplir exactement leurs devoirs envers leur pays et envers l’Église : ils se demandent à quelles conditions il est possible de les accorder, si ces conditions se trouvent réalisées dans la société dont ils font partie, et, si elles ne le sont pas, ce qu’il faudrait faire pour qu’elles le fussent » [1].

A l’initiative de Benoît XVI nous appelant à « rechercher des voies nouvelles pour affronter de façon adéquate les grands défis qui caractérisent l’époque post-moderne » [2], nous souhaitons reconsidérer la question de l’immigration en proposant une nouvelle approche, respectueuse à la fois des exigences de la charité chrétienne, de l’identité des populations natives ainsi que de celles des populations immigrées présentes actuellement en Europe.

Devant l’amplification du rejet de l’immigration et le développement d’une autre approche politique qu’est la remigration, il nous semble utile d’étudier cette nouvelle approche d’un point de vue catholique, de réfléchir dans quel mesure celle-ci peut être acceptable, et d’en définir clairement les limites pour qu’elle reste respectueuse des exigences de la charité chrétienne [3].

« Syrus vagus erat pater meus » [4]

L’immigration ne peut être vue comme un mal en soi. Il est tout aussi absurde de la condamner à priori que de la soutenir sans discernement. Les nombreux exemples d’immigration et d’entreprises de colonisation parties d’Europe vers les Amériques ou vers l’Afrique, amplement soutenues par les Églises en leurs temps, montrent qu’elle a longtemps été perçue en Europe comme une entreprise positive. Le changement de vision s’est opéré quand de terre d’émigration, l’Europe est devenue terre d’immigration.

La perception que nous avons des mouvements migratoires dépend sensiblement du point de vue duquel nous l’observons : le migrant, son pays de départ ou son pays d’arrivé. Pour traiter au mieux cette problématique, nous ne pourrons faire l’économie d’aucun de ces facteurs.

Se plaçant du point de vue du migrant, l’Église enseigne que « les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine » [5]. Il est utile d’insister sur ce point : sécurité et ressources vitales. Il ne s’agit pas d’accepter sans discernement toute migration au prétexte de meilleures conditions de vie, mais de prendre en compte les détresses mettant en péril la survie des populations dans les pays qu’elles quittent.

Cette exigence d’accueil n’est pas non plus un blanc-seing donné à tous les communautarismes. Se plaçant ensuite du point de vue du pays d’accueil, l’église rappelle que « les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont ils ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges » [6].

Si l’église rappelle qu’ « il appartient aux pouvoirs publics, qui ont la charge du bien commun, de déterminer la proportion de réfugiés ou d’immigrés que leurs pays peut accueillir, compte tenu de ses possibilités d’emploi et de ses perspectives de développement  » [7], elle dénonce néanmoins l’immigration choisie, les critères de métiers, de besoins internes au pays ne prenant bien souvent pas en compte les deux autres dimensions du processus d’immigration.

Voir à tout prix dans l’accueil des migrants une simple perspective économique, non plus guidée par la charité mais par la simple utilité qu’elle peut apporter, en refusant l’aide à certains au prétexte qu’ils ne seraient pas assez productifs, est une dérive que les catholiques doivent dénoncer [8].

En outre, l’émigration constitue, comme le rappelait Jean Paul II « une perte pour le pays d’où on émigre  », puisque « vient à manquer un sujet du travail qui, par l’effort de sa pensée ou de ses mains, pourrait contribuer à l’augmentation du bien commun dans son pays » [9], privant certains pays de départs de sa force vive dans certains secteurs (souvent les plus qualifiés).

L’Église donne ainsi les grands principes de sa doctrine sur l’immigration. Elle laisse cependant le soin aux états d’en détailler l’application pratique en fonction de son intensité, de sa rapidité, de ses origines, de sa destination et des motivations des migrants. L’immigration, comme la remigration, implique de prendre en compte ces différents aspects pour aboutir à une application acceptable et compatible avec la nécessaire charité.

L’église et l’immigration : quelques repères historiques

Lorsque l’Église commença au XIXe siècle à développer plus précisément une doctrine sur l’immigration, son souci était principalement pastoral.

Il s’agissait alors d’accompagner des migrants, majoritairement chrétiens, quittant leur pays d’origine et leur permettre de continuer à vivre leur foi là où ils s’installent [10]. À la demande du Bienheureux Jean-Baptiste Scalabrini, Pie X crée en 1905 le «  Bureau pour le soin spirituel des émigrants » que Pie XII transformera en 1952 en un « Conseil Supérieur pour l’Émigration ». Dans cette même optique, Benoît XV institue en 1914 la « journée mondiale du migrant et du réfugié ».

A l’issue de la seconde guerre mondiale, les déplacements massifs de populations qui se produisent en Europe conduisent Pie XII à mettre en forme la doctrine de l’Église sur la question des migrations, et le besoin urgent de solidarité et d’accueil des populations des pays ravagés par la guerre. La constitution apostolique Exsul familia Nazarethana, publiée par le pape en août 1952 viendra en définir les grands principes [11]. Il s’agit du premier document officiel du Saint-Siège qui définit d’une manière globale et systématique, d’un point de vue historique et canonique, la pastorale des migrants [12].

Venant confirmer le droit à émigrer affirmé précédemment par Pie XII, l’encyclique Pacem in Terris publiée par Jean XXIII en 1963 déclare que «  tout homme a le droit […], moyennant des motifs valables, de se rendre à l’étranger et de s’y fixer ». Dans le contexte de guerre froide de l’époque, Jean XXIII déplore « avec tristesse le phénomène des réfugiés politiques [qui] a pris d’amples proportions et cache toujours d’innombrables et très douloureuses souffrances. » [13]

Ce droit sera de nouveau affirmé par la constitution Gaudium et Spes en 1965, qui demande alors à la communauté internationale de « fournir assistance aux émigrants et à leurs familles » [14]. Le motu proprio Pastoralis migratorum cura, publié par Paul VI le 15 août 1969, exhortera de nouveau la communauté internationale à mettre en place des mesures d’aides et d’accompagnement des migrants. S’y ajouta l’Instruction De pastorali migratorum cura appelant les évêques à y jouer leur rôle, en lien avec les églises locales [15]. En 1970, Paul VI élargit les tâches du « Conseil Supérieur pour l’Émigration » dont le titre devient « Commission pontificale pour la pastorale des Migrants et du Tourisme », avant que Jean-Paul II ne le transforme en 1988 en « Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement ».

Depuis le pontificat du Pape Paul VI, et ensuite de celui de Jean-Paul II, en particulier dans ses messages à l’occasion de la Journée mondiale pour les Migrants et les Réfugiés, sont réaffirmés les droits fondamentaux de la personne, notamment le droit d’émigrer pour mieux mettre en œuvre ses capacités, ses aspirations et ses projets (sans présumer cependant du droit de chaque pays à gérer une politique migratoire qui corresponde au bien commun), ainsi que le droit à ne pas émigrer et d’être de ce fait en mesure de mettre en œuvre ses droits et ses besoins légitimes dans son pays d’origine [16].

Reprenant le message de l’Église sur l’immigration, l’instruction Erga migrantes caritas Christi, publiée en 2004, « entend surtout répondre aux nouveaux besoins spirituels et pastoraux des migrants et transformer toujours davantage l’expérience migratoire en un instrument de dialogue et d’annonce du message chrétien  » [17]. Reconnaissant que la présence de plus en plus forte de migrants étrangers provoque « des peurs et des craintes chez beaucoup de personnes, qui perçoivent les immigrés comme un poids, qui les regardent avec méfiance et qui les considèrent même comme un danger ou une menace », elle observe que « dernièrement, la présence d’immigrés d’autres religions dans des pays de longue tradition chrétienne n’a cessé de se renforcer » [18].

Si la prudence de l’église qui refuse d’agir dans la précipitation est à saluer, on ne peut que regretter que les églises locales, en Europe, n’aient pas su adapter leur vision à la situation de plus en plus difficile causée par la faillite du vivre-ensemble et restent trop souvent attachées à une vision idéale de l’immigration, telle qu’elle a pu être vécu dans les années 50 à 70, où l’intégration des populations immigrées se faisaient alors sans heurt majeur, sans prendre en compte la dégradation progressive de la situation et la montée des tensions.

Enfin l’exemple des immigrés mexicains arrivant aux États-Unis, trop souvent montré comme modèle est trompeur : la situation est fort différente, les populations concernées sont à la fois plus proches de culture et de religion majoritairement chrétienne. C’est pourquoi, face aux problèmes posés par l’immigration, il apparait opportun de tenter de faire émerger des solutions nouvelles, propres aux pays européens.

L’Église une, sainte, catholique et apostolique : tous frères ?

« Caritas fraternitatis maneat » [19]

« Dans l’Église, nul n’est étranger et l’Église n’est étrangère à aucun homme ni à aucun lieu » nous dit Jean-Paul II [20]. “Dans l’Église” : la nuance est subtile mais importante. Il serait déplacé de vouloir voir dans l’Église une internationale se plaçant au dessus des états. Nous laissons ici la parole à Étienne Gilson [21] : « Pas plus que l’Église ne peut devenir un état dans l’état, elle ne peut devenir un groupement d’états, ni aucune espèce d’Internationale. Son autorité spirituelle, tout en étant « au-dedans », reste au dessus de l’ordre national comme de l’ordre international. Supérieure, et partant, législatrice, elle est d’un autre ordre, comme la grâce est d’un autre ordre que la nature et ne la parfait que parce qu’elle s’en distingue et la domine. […] Les catholiques peuvent former des syndicats, mais ils ne seront jamais un syndicat ; ils peuvent former une chrétienté internationale, mais ils ne seront jamais une Internationale car les syndicats, comme les Internationales ouvrières ou bancaires, sont des moyens d’exploitation de l’ordre temporel, pour des fins temporelles, ce que l’Église n’a jamais été, n’est pas, et que son essence même lui interdit à jamais de devenir » [22].

Quand les Apôtres parlent de l’Église, à Jérusalem, à Antioche ou à Rome, celle-ci est toujours la même, une et universelle, mais cette identité unique, universelle et totale de la catholica se réalise dans chaque Église locale. De là ce point important qu’« un catholique français n’a pas d’autre patrie terrestre que la France » [23].

A ce titre, l’expression de “« citoyenneté » chrétienne” employée au moment des élections de 2007 dans l’appel publié par les évêques de France mêlant citoyenneté nationale et appartenance à l’église nous semble maladroite et prêter à confusion [24]. S’il existe bien une « citoyenneté chrétienne », celle-ci est, comme nous l’annonce Saint Paul [25], au ciel, et non sur cette terre.

Cette précision faite, il est nécessaire de rappeler que « Jésus envoie son Église non à un groupe, mais à la totalité du genre humain pour le rassembler, dans la foi […], pour que l’Évangile s’étende à toute les nations et fasse grandir dans tous les peuples l’unique Peuple de Dieu » [26].

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » nous demandent régulièrement l’Église de France. Et la charité ne peut que répondre à cet appel. Mais commençons par développer notre charité au sein de nos familles, au sein de notre propre pays avant de voler au secours d’un autre, venu d’ailleurs. Si la charité ne calcule pas et qu’elle doit répondre « adsum » chaque fois que nécessaire, notre premier devoir de charité est envers nos propres frères, non que nous ne devions avoir de la charité pour tous les hommes, mais que les liens de fraternités qui nous unissent aux autres chrétiens dans le monde sont plus resserrés. A ce titre notre responsabilité est grande dans l’aide envers nos frères en danger de mort, tel l’exemple actuel des chrétiens d’Irak risquant en ce moment leurs vies. Il est d’ailleurs utile de rappeler que si l’un des points non négociables est l’impératif moral de la protection de la vie de sa conception à sa fin naturelle, ce point inclut tout autant la protection de la vie entre ces deux bornes.

Solidarité étatique n’est plus charité

Quand l’état s’empare de pans entiers de la solidarité et des revenus des français pour instaurer une sorte de « charité obligatoire » (qui de facto n’en est plus une) à travers les aides sociales et la redistribution à des associations, sans contrôle direct des français, il en découle immédiatement que ceux-ci ne se sentent plus concernés par la solidarité et la charité chrétienne. L’ampleur de la spoliation réalisée par l’état et l’absence de contrôle dessus créent chez eux un ressentiment à l’égard et de l’état, et des populations qui en bénéficient.

La charité si elle est promue par l’Église, reste avant tout un don volontaire de sa personne et de ses biens pour aider son prochain. Pour exister, la charité doit nécessairement être libre [27]. Cette mainmise de l’état enlève alors aux chrétiens une grande partie de leurs possibilités à participer directement à la charité. N’étant plus qu’un lointain maillon de cette chaine, il leur est difficile d’en voir les effets concrets. Redonner à la population le choix d’accorder au non cette charité, et de l’exercer eux même, au plus près, auprès des pauvres de leurs villes, des familles en difficultés présente près d’eux.

Il est flagrant de constater à quel point la disparition des ordres religieux qui s’occupaient de charité (tels les Hôtel-Dieu, gérés à l’époque par l’Église pour accueillir gratuitement les malades) s’est faite lorsque l’état a étendu ses prérogatives, faisant de la charité et de la solidarité non le fruit d’un élan et d’un don envers l’autre, mais une obligation purement administrative, faisant oublier ainsi que pour être positive la charité doit nécessairement être prodiguée avec amour, et non avec des formulaires administratifs à coup de revendications et de droits. Pour être humaine, la charité doit être incarnée, dans un contact humain, et non à travers un anonymat administratif et froid.

Sauvegarder l’unité et l’identité nationale

« Les États ont le droit de règlementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières [28], en garantissant toujours le respect dû à la dignité de chaque personne humaine. En outre, les immigrés ont le devoir de s’intégrer dans le pays d’accueil, en respectant ses lois et l’identité nationale » déclare Benoît XVI [29]. Cette même position fut rappelée en 2013 par le Pape François qui, citant Benoît XVI, déclare qu’il convient de « sauvegarder les exigences et les droits des personnes et des familles émigrées et, en même temps, ceux des sociétés où arrivent ces mêmes émigrés » [30].

La « légitime pluralité des cultures » dans le monde ne peut être reconnue comme positive que lorsque ces cultures se développent harmonieusement, le plus souvent sur leurs propres territoires. Il y d’ailleurs un formidable paradoxe qui consiste sans cesse à crier qu’“universalité ne signifie pas uniformité” (appliquée dans la liturgie de la manière que l’on sait) tout en niant à certains peuples le droit de conserver leurs propres spécificités culturelles. Pourtant Benoît XVI a rappelé à plusieurs reprises l’importance pour les pays européens de « revendiquer avec détermination le respect de sa propre histoire et sa propre identité religieuse et culturelle ».

Il convient aussi de bien distinguer morale individuelle et morale politique, charité fraternelle et charité politique. « Car l’objet de la charité politique, qui s’exerce dans le cadre de la communauté, c’est le bien commun ! Dans l’ordre temporel, le bien commun demeure en effet un principe moral supérieur aux autres critères de la morale politique. Il lui appartient donc, comme critère ultime de discernement dans le domaine de la politique, de déterminer le choix de la politique d’immigration. » Les pays européens ont ainsi le « droit de considérer, en l’état, qu’il est nécessaire de faire cesser l’immigration de masse, si le bien et la paix de la nation l’exigent » [31].

La sauvegarde de l’identité nationale est donc un but légitime des nations. La charité n’est pas incompatible avec l’instauration de conditions à l’immigration : respect des lois et des coutumes locales, intégration, apprentissage de la langue, etc… Tout en permettant à ces populations de garder, dans une certaine mesure, leurs spécificités (rites religieux différents, attrait de la langue et du pays d’origine, …) [32]

La proximité culturelle et l’arrivée progressive favorise l’intégration de migrants tout en sauvegardant cette identité et cette unité (prenons le cas de l’immigration portugaise, certes plus proche, mais dont l’arrivée massive créa quelques tensions, qui ne s’installèrent pas durablement et furent résolus progressivement). L’arrivée massive de populations culturellement fort différentes créent, elles, un déséquilibre qui entraine des tensions aux sein des états et bouleverse la stabilité des états européens [33].

La question cruciale que beaucoup de français se posent est la suivante : pourquoi des communautés russes orthodoxes, grec-melchites ou coptes vivent-elles sur le territoire français sans que cela ne pose de problème ? Quel décalage existe-il entre ces populations ayant réussir à s’intégrer ou à coexister sans heurts et d’autres populations, essentiellement musulmanes, dont l’absence d’intégration est régulièrement pointée du doigt ? [34]

Il est regrettable que certains prêtres et évêques persistent à refuser d’écouter les problèmes concrets des français et leurs angoisses face à l’immigration (refus de plus en plus fréquent d’une partie de la population étrangère de respecter les règles édictées, hostilité de plus en plus grande que manifestent une partie de ces mêmes migrants envers les populations qui les accueillent dans leur propre pays, et dont ils bénéficient directement ou indirectement à travers les aides données), en leur répétant sans cesse les mêmes paroles prônant à temps et à contretemps l’ouverture aux autres et accusant leurs propres fidèles d’être hostiles à ces migrants, hostiles aux étrangers. Voient-ils que leurs discours deviennent inaudibles ? Une des grandes faiblesses de ce discours provient d’ailleurs de l’oubli d’un point essentiel. Comme le rappelle pourtant Erga Migrantes Caritas Christi, « dans les relations entre chrétiens et pratiquants d’autres religions, le principe de réciprocité revêt une grande importance » [35].

Leur incapacité à proposer des solutions qui permettraient de rétablir un équilibre entre la nécessaire charité, et l’aspiration des peuples à ne pas perdre leur identité et ne pas être remplacé par un autre peuple crée un profond malaise qui doit être dissipé sans attendre que la situation empire encore. Ce silence persistant risque de provoquer, avec encore plus de violence, les situations qu’ils entendent combattre.

Ils oublient trop souvent qu’ils sont avant tout ministres du Christ, et ont pour rôle essentiel de faire croitre l’Église de Dieu sur terre, au sein du diocèse ou, plus modestement, de la paroisse qui leur est confié et non d’importer des fidèles (bien trop souvent des infidèles) provenant d’autres terres. Quand l’immigration s’impose avec ses coutumes, ses lois, sa langue et sa religion, l’accueillir n’est plus faire preuve de charité. Quand la terre de notre propre pays et notre peuple sont menacés de disparition devant l’ampleur de ces mouvements, la première des charités consiste alors à ne pas se détruire soi-même.

Quand la charité oublie le sens de Dieu

Nous sommes sur terre en pèlerinage vers la Cité de Dieu disait St Augustin.

Si nos « devoirs » envers notre prochain sont généralement clairs, ceux envers notre patrie semblent s’estomper de plus en plus en ces temps de mondialisation. Il est cependant un devoir qui les dépasse tous et qui bien souvent est relégué à la dernière place (là où il devrait avoir la première) : notre devoir envers Dieu.

« Que voulons-nous ? Attirer le monde à Dieu, sans doute, ou plutôt, et la nuance est significative, introduire Dieu dans le monde. Mais aussitôt, c’est le monde qui l’emporte, et l’homme. Obsédés par Dieu, nous parlerions de « divinisme » ; c’est d’humanisme qu’il est question. Les valeurs humaines sont au premier plan de nos préoccupations apostoliques. Avant de prêcher Dieu, nous voulons avoir vu l’homme s’épanouir dans sa famille, dans sa cité. L’économie, la politique retiennent nos premiers efforts. Et nous pensons volontiers qu’un apôtre ignorant des problèmes posés par le monde du travail n’est pas digne d’annoncer la Bonne nouvelle : l’amour de Dieu ne suffit pas.
Saint Paul arrivant à Corinthe aurait pu commencer par des réformes d’humanisme. Dans cette grande ville cosmopolite, où tous les vices s’étalaient, dans cette capitale du commerce où les conditions sociales amenaient tant d’injustices et de misères, il aurait pu, après enquêtes, s’attaquer au mal sur le plan humain, chercher des réformes de structures pour donner à l’homme misérable ce minimum de bien-être nécessaire pour écouter la parole de Dieu. Il aurait pu se débattre avec les pouvoirs publics pour atténuer les rigueurs de l’esclavage. Nous aurions commencé par là, nous autres. Lui ne s’y prend pas de cette manière. A ces païens si mal disposés, à ces riches comme à ces pauvres, il n’a rien à donner d’humain. La Croix, cette folie, ce scandale, voilà ce qu’il apporte. Non pas un plan de réformes économiques ou sociales, mais une révélation surhumaine, Dieu simplement. Aurions-nous l’audace dans notre action, de nous intéresser si peu à l’homme ? Nous aurions peur de ne pas réussir.
Notre sens des réalités humaines nous dispose à l’adaptation. “Ne vous accommodez pas à ce siècle”, écrit saint Paul à ses fidèles de Rome, cet autre centre d’injustice. […]
[Certains] parmi nous sont plus sensibles à l’erreur qui nous menace. Ils n’hésitent pas à nous reprendre durement. Et pourtant celui qui a écrit Les Grands Cimetières sous la lune comprend autant qu’un autre les problèmes sociaux ou politiques. S’adressant à nous, chrétiens penchés sur le monde des hommes, et prêts à ménager en l’admirant le marxisme et sa révolution, écoutez ce qu’il nous dit, évoquant la figure du Christ : “Avec vos œillades et vos trémolos, qu’est ce que vous faites de Lui, farceurs ?” et dans un autre article, cette profession de foi si troublante : “Je crois que le Christ est venu en ce monde pour sauver nos âmes, et non pas pour extirper la pauvreté de la terre, comme si elle était l’ennemi numéro un du genre humain.”
Mais rien de tout cela n’ébranle assez profondément le monde chrétien pour modifier son équilibre : ce n’est pas sens de Dieu qui l’emporte
 » [36].

Cette perte du sens de Dieu et l’obsession de l’homme qui l’accompagne nous entrainent à tout accepter au nom de la charité. A oublier la nécessité de l’évangélisation des populations, principalement musulmanes, présentes dans nos pays [37]. Disons les choses crûment : l’Église n’est pas une ONG ! [38] L’Église est d’abord, et avant tout, là pour apporter le Christ aux hommes.

« Les migrations actuelles mettent par ailleurs les chrétiens face à de nouvelles tâches d’évangélisation et de solidarité » rappelait le Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement [39]. Dix-huit organisations chrétiennes, catholiques et protestantes, ont publié en 2012 au moment des élections une une brochure à visée politique sur l’immigration, intitulée : « A la rencontre du frère venu d’ailleurs » [40]. Des catholiques avaient déjà relevé à l’époque [41] l’absence de toute proposition renvoyant à l’évangélisation de l’étranger dans ce document. En 2014, la déclaration des évêques de la COMECE à l’occasion des élections européennes [42] citant 4 fois les termes de “social” et de “migrants” oubliait un autre mot pourtant essentiel : Dieu.

Soyons catholiques ! Intégralement catholiques ! Et non uniquement pour certains aspects sociaux qui ne sont finalement que des conséquences de notre foi en Dieu. Qu’il y ait autant de zèle à affirmer la Croix, à évangéliser notre prochain qu’il n’y en a à l’aider, le soutenir, ou le consoler.

Le premier droit du migrant : le « droit de ne pas avoir à migrer »

Dans l’encyclique « Laborem Exercens » [43], en 1981, Jean Paul II écrivait que l’émigration est « en des circonstances déterminées, ce que l’on appelle un mal nécessaire », puisque, comme le soulignait déjà Léon XIII, « Personne, en effet, ne consentirait à échanger contre une région étrangère sa patrie et sa terre natale, s’il y trouvait les moyens de mener une vie plus tolérable » [44]. Ce droit de chacun de pouvoir vivre son pays dans la paix fut rappelé à de nombreuses par les différents papes. [45].

Le droit des hommes à émigrer n’est un droit absolu que si la vie est en danger immédiat. Bien souvent cependant, les migrations ne sont pas la conséquence d’une lutte pour sa propre survie, mais la légitime recherche d’une vie meilleure. La première charité est alors de permettre à ces populations de vivre décemment chez eux, et non chez les autres.

Ce droit à vivre sur sa propre terre est, comme le soulignait Jean-Paul II, « le droit d’avoir une patrie, de demeurer librement dans son pays, de vivre en famille, de disposer des biens nécessaires pour une vie digne, de conserver et de développer son patrimoine ethnique, culturel et linguistique, de professer publiquement sa religion, d’être reconnu et traité en toutes circonstances conformément à sa dignité d’être humain » [46].

C’est pourquoi l’Eglise encourage autant que possible l’aide « au développement des pays d’origine des migrants » [47] et souligne que « le choix le plus approprié, destiné à porter des fruits importants et durables à long terme, est celui de la coopération internationale, qui vise à promouvoir la stabilité politique et à éliminer le sous-développement » [48].

Les catholiques doivent donc se poser la question : n’est-il pas plus bénéfique à tous d’apporter la charité au lieu d’importer les nécessiteux ? Léon XIII y voyait déjà comme avantage l’arrêt du mouvement d’émigration [49]. La question se pose avec insistance ces derniers jours au sujet de l’aide aux chrétiens d’orient, et particulièrement d’Irak : les accueillir chez nous (ce à quoi nous sommes prêts), est-ce vraiment la meilleure solution ?

Réagissant à la proposition du gouvernement français [50] d’accueillir les chrétiens d’Irak en danger, Marc Fromager, directeur de l’Aide à l’Église en Détresse en France, indique que « La proposition faite par le gouvernement français d’accueil des chrétiens irakiens procède sans doute d’un bon sentiment mais génère en réalité une aggravation de leur situation […] » [51]. De son coté, Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, qui a conduit une délégation d’évêques français en Irak pour soutenir les chrétiens chassés de Mossoul déclare « Accueillir des réfugiés irakiens est généreux mais pas souhaitable » [52]. Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Lourdes et Tarbes réagit de même : « Aidons-les surtout à pouvoir rester sur place, à ouvrir des écoles, à faire des études, à cultiver leurs terres, à créer des entreprises, à monter des projets, bref à prendre part à la construction de la société dans laquelle ils habitent. Ne nous résignons pas à leur départ. Aidons-les à bâtir là-bas leur avenir » [53].

Ainsi donc, l’Église encourage nos frères chrétiens à rester sur place, tandis que la France accueille actuellement une forte population immigrée de culture et de religion différente. N’y a t’il pas comme un paradoxe à nous inviter à soutenir nos frères chez eux et à accueillir chez nous des populations avec lesquelles nous ne partageons ni culture ni religion commune ? N’est-il pas plus judicieux d’encourager les catholiques à soutenir et à développer la création d’initiative locales : construction église, d’école, d’accès à l’enseignement catholique (comme par exemple au Bénin) ? Actions plus discrètes qui ne font pas la une des journaux ou des comités diocésains, et qui pourtant font bien plus pour limiter l’immigration, pour l’Église (évangélisation) et dans la lutte contre l’islamisation que toutes ces actions en France, qui continuent jour après jour d’importer conflits et tensions sur nos propres territoires au lieu de chercher à les apaiser sur place.

Le thème de l’exil biblique : reprendre le chemin du retour vers sa patrie

L’erreur majeure de la réflexion sur l’immigration a été de se concentrer trop souvent uniquement au départ des populations de leurs propres terres, plutôt que de réfléchir sur les mesures à mettre en place pour leur permettre aussi d’y retourner. Trop souvent éclipsé, cet aspect a pourtant déjà été souligné par l’Église : « L’homme a le droit de quitter son pays d’origine pour divers motifs, comme aussi d’y retourner » [54].

Permettre à ces populations déplacées de retourner vivre sur leurs terres natales, quand cela est possible, n’est-elle finalement pas la meilleure solution pour résoudre une grande partie des problèmes d’immigration actuelle ? L’église a, nous venons de le voir, rappelé à maintes reprises, le droit pour le migrant de ne pas avoir à émigrer [55].

Comme nous le découvrons chaque jour dans nos propres pays, ces migrants souhaitent le plus souvent continuer à vivre en conservant leur culture, leur langue et leur religion. Que faire ? Laisser les tensions communautaires s’installer ? Est-ce vraiment la meilleure solution pour étendre la Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté ? Reprenons nos trois points de vue sur l’immigration. Celui du migrant semble clair : il souhaite vivre une existence décente en conservant son identité propre.
Celui du pays de départ est souvent proche : développer la paix sur son propre territoire et améliorer le bien-être de sa population.
Enfin, les pays accueillant l’immigration souhaitent eux aussi sauvegarder leur identité et leur unité nationale.
Proposer aux migrants de retourner vivre dans leur pays d’origine semble alors permettre un accord entre ces trois points de vue.

En 1981, Jean Paul II revient sur cette question et déclare : « Avant tout, il constitue, en général, une perte pour le pays d’où on émigre. C’est l’éloignement d’un homme qui est en même temps membre d’une grande communauté unifiée par son histoire, sa tradition, sa culture, et qui recommence une vie au milieu d’une autre société, unifiée par une autre culture et très souvent aussi par une autre langue. Dans ce cas, vient à manquer un sujet du travail qui, par l’effort de sa pensée ou de ses mains, pourrait contribuer à l’augmentation du bien commun dans son pays ; et voici que cet effort, cette contribution sont donnés à une autre société, qui en un certain sens y a moins droit que la patrie d’origine » [56].

« Exsul Familia Nazarethana Iesus, Maria, Ioseph, cum ad Aegyptum emigrans… ». La constitution apostolique Exsul Familia [57], qui traite pour la première fois de la question des migrations a pour titre même l’exemple de la fuite et l’exil de la Sainte Famille en Égypte. Peut-être pourrions-nous reformuler la conclusion de cet exil ainsi : “et ils en revinrent une fois le péril passé pour vivre dans leur pays d’origine [58]. Pie XII pensait-il alors que ces migrations de masse seraient d’une durée limitée et qu’une fois la situation stabilisée dans les pays d’origine, ces peuples retourneraient d’eux-mêmes, à l’invitation de la Sainte Famille, vivre sur leur terre d’origine ? Quant à l’exil à Babylone et à l’installation des Hébreux en Égypte, n’ont elles pas été suivies par un retour des populations hébraïques sur leur terre d’origine ?

Il ne nous parait pas contraire à la charité, de proposer aux migrants de finir par « reprendre le chemin du retour dans leur patrie » [59] mais au contraire, cette invitation semble s’inscrire dans la continuité de la doctrine chrétienne.

Le droit d’asile est amené à prendre fin dès que cesse la situation de danger. Il n’est pas moins injuste d’aider ces populations à se fixer de nouveau sur leur terre plutôt que de demeurer chez nous. Ils nous est demandé d’être respectueux des cultures et des différences des autres ; nous sommes donc prêts à respecter cette diversité des cultures et à aider ces populations à les conserver, chez eux, pour le bien de tous, permettant ainsi que notre propre culture soit, elle aussi, respectée.

Un autre exemple biblique est souvent mis en avant comme modèle de charité. Il s’agit de la parabole du bon samaritain. L’enseignement en est clair : la charité nous appelle instamment à aider tout homme dans la vie est en danger. Intéressons-nous cependant à la fin de la parabole. « Il s’approcha, banda ses blessures, y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit dans une hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, tirant deux deniers, il les donna à l’hôtelier et lui dit : “Prends soin de lui, et ce que tu pourrais dépenser en plus, c’est moi qui te le rembourserai à mon retour” » [60]. Mais que devient l’homme blessé par les brigands ? Continue t-il à vivre de la charité du bon samaritain indéfiniment ? Probablement pas. Cet homme est certainement rentré, une fois guéri, chez lui. Une fois rétabli, qu’a t-il fait ? A-t-il continué à vivre comment avant ? Ou a t-il essayé de prodiguer la charité reçue à ses prochains et à ses frères ?

L’immigration massive est bien souvent catastrophique pour les pays de départ. Cela est clairement établi en Afrique : une grande partie de la force vive des pays africains quitte sa terre, laissant ces pays impuissants à se (re)construire. Bien plus que d’argent, c’est de compétences qu’ils ont ardemment besoin.
Or, personne n’est plus à même de développer le pays que ces populations venues en occident et repartant avec un bagage intellectuel, scientifique et financier élevé. La charité et la recherche du bien commun doivent alors nous appeler à pousser ces population à elle aussi exercer cette charité et retourner dans leurs propres pays aider leurs propres frères.

Il pourrait même être judicieux d’associer -voire de subordonner- certaines aides aux pays en développement à la mise en place d’un protocole concerté de remigration. [61].

Ainsi, proposer un retour au pays aux populations immigrées présentes sur notre territoire semble conforme aux exigences de la charité chrétienne ; à condition qu’il n’y ait pas ni pression malsaine ni spoliations des biens acquis légalement (cotisations retraite, santé, bien mobiliers et immobiliers).
Ces populations sont ensuite libre d’accepter, et devraient être encouragées à participer elles-aussi à la construction du bien commun : (re)construire leur pays d’origine et l’élever à un meilleur niveau de vie (économique, intellectuelle et religieuse, plus de liberté…). Il est du devoir des catholiques de ne pas rester seuls à construire ce bien commun mais à pousser les populations concernées à y contribuer. Ce qu’elles feront probablement avec d’autant plus de vigueur et de détermination qu’elles en seraient les premières bénéficiaires.


NOTES
.
[1
Étienne Gilson, Pour un ordre catholique, Éditions Parole et Silence, 2013, p23.

[3Certains lecteurs nous reprocheront peut-être de ne pas avoir traité de certaines questions telles que celle l’assimilation ou de la destination universelle des biens. Il s’agit d’une omission volontaire, ces deux points n’étant pas débattus ici et les ressorts du second étant suffisamment connus : « le principe de la destination universelle des biens de la terre est à la base du droit universel à l’usage des biens. Chaque homme doit avoir la possibilité de jouir du bien-être nécessaire à son plein développement ». La notion est développée plus en détails dans le Compendium de la doctrine sociale de l’église.

[4Mon père était un araméen errant, Deutéronome, XXVI, 5

[7Commission pontificale Justice et Paix, le 3 novembre 1988, dans l’Église face au racisme

[9Jean-Paul II, Lettre encyclique « Laborem Exercens », septembre 1981

[10Telle, par exemple, la fondation par le Bienheureux Jean-Baptiste Scalabrini en 1887 de la Congrégation des Missionnaires de Saint Charles et en 1895 de la Congrégation des Sœurs Missionnaires de Saint Charles, dédiées à l’accompagnement des migrants italiens.

[11Pie XII, constitution apostolique « Exsul familia Nazarethana », 1er août 1952

[12Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[13Jean XXIII, Encyclique « Pacem in Terris », avril 1963.

[14Constitution pastorale « Gaudium et Spes  » « sur l’Église dans le monde de ce temps », décembre 1965. Le Concile Vatican II reconnaît par ailleurs aux Autorités civiles, dans un contexte précis, le droit de réguler le flux migratoire (GS 87).

[16Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[17Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[18Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[21Dans cet ouvrage de 1934 réédité seulement en 2013, Étienne Gilson s’interroge sur la situation des catholiques en politique. Les problèmes qu’il aborde n’ont pas pris une ride.

[22Étienne Gilson, Pour un ordre catholique, Éditions Parole et Silence, 2013, p28-29.

[23Étienne Gilson, Pour un ordre catholique, Éditions Parole et Silence, 2013, p165 : « Ce qui met en danger l’indépendance et la souveraineté temporelle des nations, ce sont les internationales qui les minent ; que ce soit celle des banques ou celle des classes, il s’agit toujours de sociétés temporelles, installées au cœur des autres, qui vivent à leurs dépens et n’hésitent jamais, si c’est leur intérêt, à se dresser contre elles. Il en est tout autrement de l’Église catholique, qui n’est ni nationale, ni internationale, mais en dehors et au dessus de l’ordre de la nation. Un catholique français n’a pas d’autre patrie terrestre que la France, il ne lui appartient pas moins complètement que ses autres compatriotes, il est prêt pour elle aux mêmes dévouements et aux mêmes sacrifices, mais il relève en même temps d’un autre ordre, celui de l’Église. L’Église ne gêne donc l’état que dans la mesure ou l’état usurpe les fonctions de l’Église, que l’état se contente des siennes, il n’aura jamais à se plaindre de rien ».

[24« Dans l’Église, cependant, il n’y a pas d’étran­ger : le Baptême fait accéder, où que l’on soit, à la « citoyenneté » chrétienne et l’Évangile nous appelle à une fraternité universelle. Dans bien des communautés, les étrangers ont le souci de parta­ger avec d’autres, nous en sommes témoins ! » Extrait du texte « Qu’as-tu fait de ton frère ? », message des évêques de France à propos des prochaines élections, 18 octobre 2006.

Étienne Gilson déplorait déjà en son temps « les fautes que les catholiques français eux-mêmes ont commises, les compromissions politiques, économiques et sociales, dans lesquelles ils ont parfois imprudemment engagé ou engagent encore, l’Église. Op. cit p33

[25Saint Paul aux Philippiens, III, 20 : Noster enim municipatus in caelis est, unde etiam salvatorem exspectamus Dominum Iesum Christum.

[27C’est l’une des grandes critiques de l’Église au communisme et au socialisme. Voir à ce sujet l’encyclique « Quanta Cura » de Pie IX.

[28Réguler l’immigration veut dire aussi pourchasser les mafias et autres circuits d’immigration clandestine, employeurs véreux, marchands de sommeil. Comme le note Jean-Paul II, il nous faut aussi combattre de façon énergique les initiatives criminelles qui exploitent l’immigration clandestine. Voir le Message du Pape Jean Paul II pour la Journée Mondiale des Migrants, 25 juillet 1995

[29Relire à ce sujet cet article du Figaro qui reprend la déclaration de Benoît XVI : Si toute personne détient le « droit à immigrer » en vue « de meilleures conditions de vie », « les États ont le droit de réglementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières en garantissant toujours le respect dû à la dignité de chaque personne humaine ». Il a ajouté : « Les immigrés ont le devoir de s’intégrer dans le pays d’accueil, en respectant ses lois et l’identité nationale » .

Benoît XVI, Message pour la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié 2011, 27 septembre 2010.

[30Pape François, Message pour la Journée mondiale des migrants et des réfugiés 2014, 5 août 2013, citant la lettre encyclique « Caritas in veritate », de Benoît XVI, 29 juin 2009, n. 62.

[31Source. Il s’agit ici de la hiérarchie des biens communs que distingue Aristote et qui est reprise et développée chez Saint Thomas d’Aquin.

[32Il ne s’agit pas pour autant de promouvoir un nationalisme exacerbé, condamné d’ailleurs par l’Église à plusieurs reprises. Voir par exemple :

[33Il est bon aussi de souligner que l’article 2242 du CEC régulièrement utilisé par certains catholiques pour justifier le refus de suivre les lois concernant l’immigration n’est pas lié explicitement à l’article 2241 qui traite de la question de l’immigration, mais à l’ensemble des liens entre catholiques et autorités civiles. Ces mêmes catholiques, si prompt à utiliser cet article dans le cadre de l’immigration, sont bien silencieux quand il s’agit d’autres points tels que l’avortement, le mariage homosexuel, la liberté de conscience ou le secret de la confession.

[34Il est légitime de renvoyer dans leurs pays ceux qui s’installent en France en refusant ses lois tout en acceptant son hospitalité. Les criminels condamnés en France violent ainsi non seulement la loi du pays, mais aussi leurs devoirs d’intégration envers le pays d’accueil.

[35Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[36Père Maurice Paissac, o.p., Attendre Dieu, Éditions du Cerf, Septembre 2001, pp.117-124.

Nous nous permettons d’en citer ici un extrait plus large :
« Nous n’avons plus le sens de Dieu […] Or nous sommes, nous chrétiens d’aujourd’hui, irrépressiblement orientés vers l’homme et vers le monde. Sommes-nous encore vraiment sensibles à Dieu ? Comment agissons-nous ? Car c’est d’abord dans l’action que nous cherchons l’épanouissement de notre vie chrétienne : premier signe, déjà. Que voulons-nous ? Attirer le monde à Dieu, sans doute, ou plutôt, et la nuance est significative, introduire Dieu dans le monde. Mais aussitôt, c’est le monde qui l’emporte, et l’homme. Obsédés par Dieu, nous parlerions de « divinisme » ; c’est d’humanisme qu’il est question. Les valeurs humaines sont au premier plan de nos préoccupations apostoliques. Avant de prêcher Dieu, nous voulons avoir vu l’homme s’épanouir dans sa famille, dans sa cité. L’économie, la politique retiennent nos premiers efforts. Et nous pensons volontiers qu’un apôtre ignorant des problèmes posés par le monde du travail n’est pas digne d’annoncer la Bonne nouvelle : l’amour de Dieu ne suffit pas.
Saint Paul arrivant à Corinthe aurait pu commencer par des réformes d’humanisme. Dans cette grande ville cosmopolite, où tous les vices s’étalaient, dans cette capitale du commerce où les conditions sociales amenaient tant d’injustices et de misères, il aurait pu, après enquêtes, s’attaquer au mal sur le plan humain, chercher des réformes de structures pour donner à l’homme misérable ce minimum de bien-être nécessaire pour écouter la parole de Dieu. Il aurait pu se débattre avec les pouvoirs publics pour atténuer les rigueurs de l’esclavage. Nous aurions commencé par là, nous autres. Lui ne s’y prend pas de cette manière. A ces païens si mal disposés, à ces riches comme à ces pauvres, il n’a rien à donner d’humain. La Croix, cette folie, ce scandale, voilà ce qu’il apporte. Non pas un plan de réformes économiques ou sociales, mais une révélation surhumaine, Dieu simplement. Aurions-nous l’audace dans notre action, de nous intéresser si peu à l’homme ? Nous aurions peur de ne pas réussir.
Notre sens des réalités humaines nous dispose à l’adaptation. « Ne vous accommodez pas à ce siècle », écrit saint Paul à ses fidèles de Rome, cet autre centre d’injustice. Sans le contredire, car il s’agit de nuances, nous n’avons qu’un souci : nous adapter au monde qui nous écoute et nous regarde. Nous ne sommes pas portés à croire que l’homme doit s’adapter à la Parole de Dieu, à la liturgie de son Église. Mais cette Parole, ces gestes doivent être transformés, traduits jusqu’à ce qu’ils n’étonnent plus, et ne fassent plus scandale. Les dogmes qui risqueraient de choquer la conscience moderne sont par nous estompés, habilement adoucis. Qui parle encore de l’enfer éternel, et en quels termes en parlons-nous ? Le péché originel n’est plus que la vague somme des péchés qui se commettent dans le monde, et le dernier roman de Simone de Beauvoir va nous permettre enfin de parler sans trop en avoir honte de ce sujet si peu actuel.
La croix, surtout, qu’en faisons-nous ? Nous avons-aussi ce tour de force de l’adapter. La Croix devient pour nous ce qui épanouit l’homme, et nous avons entendu développer ce thème que la Croix est ce qui permet à l’homme de s’étendre dans toute sa splendeur : jamais l’homme n’est plus beau que les bras largement ouverts. Saint Paul en frémirait. Nous autres, nous admirons. Le sens de l’homme finit par nous faire perdre le sens des mystères de Dieu.
C’est que nous voulons à tout prix la réussite de notre action. Nous ne nous adaptons si bien que pour convertir le monde. Nous sommes des conquérants, des militants : nous espérons gagner l’univers à notre cause. Et nous pensons agir pour Dieu. Mais soyons sincères, cruellement, Dans cette volonté de convertir, à tout pris, dans ce qu’on a pu nommer « une sorte de professionnalisme de la conquête », alors même que nous nous imposons les plus durs sacrifices pour réussir, est-ce Dieu qui commande, toujours ? Dieu n’est-il pas parfois ce magnifique idéal ou même ce Quelqu’un qui nous permet d’exercer notre influence sur les hommes ? Dieu ne représente-t’il pas dans ce cas le moyen admirable pour nous d’imposer aux autres l’entrée dans notre parti chrétien, l’adhésion à notre doctrine ? La nuance est subtile, mais nous vivons, hélas, de subtilités. Nous croyons faire œuvre divine, et travailler pour Dieu. En fait nous utilisons Dieu pour nous gagner les hommes. C’est l’homme encore qui l’emporte.
Mais observons notre vie intérieure, dans notre simple volonté de plaire à Dieu.
Notre idéal est bien la charité, puisque nous sommes chrétiens. Mais dans quel sens sommes-nous inclinés, par instinct ? La charité au service des hommes nous attire plus que la charité en contemplation devant Dieu. […] Notre vie spirituelle dans ce qu’elle a de plus intime est tournée vers les autres. Nous demande-t-on une formule qui résume d’un mot notre idéal, nous écrions : « Être, c’est d’abord prendre en charge les camarades. » On pourrait dire aussi : être, c’est d’abord se donner à Dieu. C’est la même chose, disons-nous ! Une nuance, un rien manifestent un esprit. Le « seul à seul avec Dieu » nous choque, et l’Imitation nous parait être un mauvais livre. Ce sont les hommes qui nous obsèdent.
Mais alors même que les autres n’ont plus à intervenir, que cherchons-nous dans la pratique de la vertu la plus cachée ? L’homme que nous sommes, bien plus que Dieu. « Être un homme », être quelqu’un, une personnalité, dans l’ordre de la sainteté sans doute, et nous ajoutons : être un homme de Dieu. Mais c’est là ce qui s’ajoute, ce qui se sous-entend, et non pas ce qui frappe en face le regard. Nous ne voudrions pas nous l’avouer : Dieu nous apparait presque comme le moyen pour nous de nous réaliser en plénitude. La fin, ’est nous. Les sacrements sont faits pour l’homme, aimons-nous à répéter. Mais tout est fait pour l’homme, le Christ lui-même, pourquoi pas Dieu ? […]
D’autres parmi nous sont plus sensibles à l’erreur qui nous menace. Ils n’hésitent pas à nous reprendre durement. Et pourtant celui qui a écrit Les Grands Cimetières sous la lune comprend autant qu’un autre les problèmes sociaux ou politiques. S’adressant à nous, chrétiens penchés sur le monde des hommes, et prêts à ménager en l’admirant le marxisme et sa révolution, écoutez ce qu’il nous dit, évoquant la figure du Christ : « Avec vos œillades et vos trémolos, qu’est ce que vous faites de Lui, farceurs ? » et dans un autre article, cette profession de foi si troublante : « Je crois que le Christ est venu en ce monde pour sauver nos âmes, et non pas pour extirper la pauvreté de la terre, comme si elle était l’ennemi numéro un du genre humain. « 
Mais rien de tout cela n’ébranle assez profondément le monde chrétien pour modifier son équilibre : ce n’est pas sens de Dieu qui l’emporte.
 »

[37Que l’on soit clair, il ne s’agit pas de conditionner notre charité à une quelconque conversion ou à un quelconque enseignement catholique des populations aidées, mais de ne pas oublier que le but premier de notre charité doit être d’annoncer Dieu et l’économie du salut.

[38Voir l’homélie du Pape François lors de sa première messe, le 14 mars 2013

[39Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[43Jean-Paul II, Lettre encyclique « Laborem Exercens », septembre 1981

[44Léon XIII, Lettre encyclique « Rerum Novarum », 15 mai 1891.

[45Citons, entre autres textes, les suivants :

  • « En ce qui concerne les migrations, les personnes ont sans aucun doute, avant tout, le droit de vivre dans la paix et la dignité dans leur propre pays. Par conséquent, les pays d’origine ont la grave responsabilité de mettre tout en œuvre pour accroître leur développement, afin que leurs citoyens ne soient pas contraints de quitter leur pays pour chercher une vie digne ailleurs ». Intervention de S.Exc. Mgr Agostino Marchetto au Forum mondial sur Migrations et Développement, 10 juillet 2007.

[46Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale des Migrations, 2 février 2001.

[49Léon XIII, Lettre encyclique « Rerum Novarum », 15 mai 1891.

[50Voir cet article du Monde daté du 29 juillet 2014.

[52Article du Figaro, 31 juillet 2014

[53Tribune publiée dans Le Figaro, le 30 juillet 2014.

[54Jean-Paul II, Lettre encyclique « Laborem Exercens », septembre 1981

[55« La tâche de l’Église est non seulement de proposer sans cesse cet enseignement de foi du Seigneur, mais aussi d’en indiquer l’application adaptée aux différentes situations que l’évolution des temps continue de créer »Message du Pape Jean Paul II pour la Journée Mondiale des Migrants, 25 juillet 1995. C’est cette application, que nous souhaiterions ici renouveler.

[56Jean-Paul II, Lettre encyclique « Laborem Exercens », septembre 1981

[57Pie XII, constitution apostolique « Exsul familia Nazarethana », 1er août 1952.

[58Évangile selon Saint Matthieu II,13-15 : « Après leur départ, voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit :  » Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Égypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse ; car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr ». Et lui se leva, prit l’enfant et sa mère de nuit et se retira en Égypte. Et il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète : J’ai rappelé mon fils d’Égypte. »

[60Évangile selon Saint Luc, X, 30-35.

[61Il s’agit donc de mettre en place une politique concerté avec les pays de retour afin d’éviter de recréer sur place les déséquilibres qui sont actuellement crées en France. Prenons conscience que ce processus se ferra sur le long terme, et non en quelques mois, et promouvoir une politique de retour commune, qui ne sépare pas les familles, comme a pu le souligner à plusieurs reprises l’Église.
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POST SCRIPTUM
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Discussion

Une réflexion sur “Qu’est-ce que la remigration ?

  1. Tout en pensant à la REMIGRATION,
    il faut aussi freiner, réguler, voire stopper tout ou partie de l’IMMIGRATION.
    Voici un article intéressant à ce sujet :

    Communiqué n° 1744, lundi 4 août 2014
    Sur les prétendus « sauvetages de clandestins »

    Le parti de l’In-nocence remarque que la terminologie des médias et des différents pouvoirs remplacistes pour rendre compte de ce qui se passe sur les frontières méridionales de l’Europe, au sud de l’Italie, autour de Lampedusa et dans le détroit de Sicile, suffit, par son insistance absurde, à laisser paraître et à étaler son caractère totalement mensonger.

    S’il ne se passe pas de jour sans que la marine italienne ait l’occasion de « secourir » ou de « sauver » des dizaines ou des centaines « clandestins naufragés », c’est qu’il ne s’agit pas de naufrages et à peine de clandestins. Si le naufrage est la règle et le sauvetage une pratique quotidienne et en quelque sorte automatique, il est évident qu’on a affaire à un système un peu acrobatique mais tout à fait au point, et qui s’alimente de lui même. Les naufragés ne sont pas des naufragés, mais les usagers de filières organisées.

    Les sauveteurs ne sont pas des sauveteurs mais les piteux agents de la submersion démographique de l’Europe.

    Les marines nationales sont faites pour protéger les nations, pas pour réglementer tant bien que mal leur invasion.

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    Publié par Jean-Claude Hervy | 7 septembre 2014, 12 h 00 min

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