//
vous lisez...
Article

Comment les français jugent-ils police et gendarmerie ?

Jugement sévère sur l’efficacité
de la police et de la gendarmerie

Le jugement de nos concitoyens sur la capacité de la police et de la gendarmerie à régler les problèmes de sécurité dans notre pays est sévère si l’on en juge l’enquête de l’OCDRP. Tel est le constat sans appel auquel sont confrontés aujourd’hui les patrons de ces institutions : un citoyen sur deux pense que police et gendarmerie sont inefficaces.

Afin de vous donner une idée des dégâts faits ces dernières années, permettez-moi de vous rapporter une petite anecdote. Je suis natif d’une petite ville du Cantal où je retourne régulièrement voir mes amis d’enfance. Un peu comme les mômes des romans de Stephen King, nous ne nous quittions pas et l’essentiel de notre espace de jeu était la cour de la gendarmerie où mon père était affecté. Pour ces amis, il n’est donc pas question d’aprioris négatifs sur les forces de l’ordre.

Pourtant, à chacune de nos rencontres, aujourd’hui, je me fais le recueil du véritable sentiment de frustration qu’éprouve la population vis-à-vis des gendarmes, comme une trahison, au fond, un véritable abandon des valeurs communes. Les gens qui étaient contents de parler aux gendarmes n’éprouvent aujourd’hui que crainte, là où le respect mutuel dominait la relation.

La rupture a été marquée physiquement, si j’ose dire, par le changement d’uniforme programmé dès l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur. Le message passé à la population a été visible, palpable. Les citoyens en uniforme aux képis rassurants se sont transformés en soldats.

Le nouvel uniforme ne laissait aucun doute de l’avenir de la relation à la population. Chaussures montantes, pantalon de combat, blouson, bâton de protection et menottes à la ceinture sont autant d’affiches qui ne trompent pas. À cela, les gendarmes vous diront qu’ils ont assisté à une chasse au gros, l’indice masse corporelle valant diplôme de qualification ou de disqualification, là où régnaient avant intelligence, compréhension, savoir-faire et humanité.

Le message a été reçu cinq sur cinq par les populations.

La police a suivi le même chemin. Uniforme identique, message identique, perception identique.

Au fond, le résultat de l’ONDRP pourrait être bien pire.

Bien plus que dans les zones de la police, l’abandon de la police de proximité est marqué concrètement par la fermeture des gendarmeries et le regroupement des forces de façon à transformer la gendarmerie en force de sécurité de projection. La pire des décisions a été de déresponsabiliser les commandants des unités subsistantes, de leur retirer toute initiative et donc de les empêcher d’exercer une police dirigée par le besoin.

Si la coupure n’était pas suffisante pour isoler les gendarmes, la direction a pris le soin de confier les commandements les plus difficiles à de jeunes élèves officiers qui n’ont connu dans leur vie que le parcours scolaire. Il n’y a pas grand chose dans les livres, doivent-ils se dire en quittant ces unités au bout de deux ou trois ans.

Comme si cela était un besoin pour les dirigeants, une nécessité pour la nation, tout a été mis en œuvre pour provoquer une coupure sans retour avec les populations. Le pouvoir a mis fin en trois ans à une confiance que la gendarmerie avait mis cinq cents ans à établir. Bien sûr, les élus locaux ne peuvent le reconnaître sans passer pour des irresponsables, ou voir leurs subventions diminuer, mais le fait est là.

Au fond, le résultat de l’ONDRP pourrait être bien pire.

Dans les zones gendarmerie, habituées à une sévérité intelligente et le plus possible à bon escient, les populations ont constaté que la mission principale des forces de l’ordre n’était pas d’assurer la paix et la tranquillité, mais la répression tous azimuts, la répression à tout prix.

Là où deux gendarmes suffisaient pour interpeller un petit voyou, il est devenu nécessaire de montrer une force puissante. Peu importe que cela soit justifié ou pas, l’important est de déployer des forces, les faire voir, les mettre en valeur.

Je me rappelle avoir fait l’objet de sévères remontrances pour être allé chercher un délinquant dans un quartier de Bastia délicat en compagnie de deux collaborateurs. Il vivait chez maman avec sa petite fille. J’avais mal évalué le risque, m’avait-on dit. Il n’y avait aucun risque. J’ai seulement eu le tort de démontrer par mon action que la politique du commando était bien souvent inutile et, surtout, était préjudiciable à l’officier de police judiciaire chargé de l’enquête.

Il en va de même chez les gens du voyage, où, bien souvent, ce n’est que la peur qui justifie l’emploi de moyens considérables. Les manouches respectaient les gendarmes qui venaient chercher les délinquants, sans porter préjudice à leurs voisins (Ben oui, leurs voisins – des gens comme nous, vous ne le saviez pas ? ).

Ce n’est pas toujours facile : il faut adapter les moyens aux missions et ne pas systématiser hélicoptères, GIGN et bientôt satellites. Le plus souvent, se faire accompagner d’un PSIG [ndlr : peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie] suffit largement pour des cas difficiles. Aux Antilles, j’ai mis fin à des descentes systématiques irresponsables dans des ghettos pour rechercher des trafiquants de stupéfiants. Curieusement, les enquêtes ont progressé nettement plus vite ensuite, tout comme le niveau de résultat a crû sans commune mesure.

L’emploi de ces moyens disproportionnés, de cette brutalité marquée, est regardé par la population, analysé inconsciemment. Le sentiment d’être traité différemment est évident. Quelle confiance faire dans ces forces absentes toute l’année, puis qui apparaissent un jour ou deux comme une force d’invasion ? Invasion étrangère, étrangère à leur milieu, étrangère à leur quartier, étrangère à leur vie. Cette police est absente tout simplement.

Au fond, le résultat de l’ONDRP pourrait être bien pire.

Il faut également se mettre à la place des gens qui font tout pour essayer de s’en sortir, de l’immense majorité qui ne demande que d’avoir des rapports normaux avec les institutions. Ils veulent que leurs enfants réussissent à l’école, se fasse une place au soleil et qu’ils soient heureux. Vous savez, ces héros du quotidien qui n’intéressent pas grand monde.

Comment peuvent-ils trouver la police efficace si les vingt « tocards » qui ennuient tout le monde depuis des années restent   »indétrônables » ? Comment leur expliquer que, pour ces petits cons, le passage au commissariat n’est que l’occasion d’une visite médicale, la garde à vue une interruption momentanée de leurs activités ?

Ce sont eux pourtant les premières victimes de la délinquance des quartiers. Ce sont eux qui doivent changer de trottoir, pas les voyous.

Ils ne comprennent pas. Un jour, des commandos déboulent dans leur quotidien difficile. Ils voient quelques images au 20 heures et, la semaine suivante, les dangereux malfaiteurs arrêtés avec la force de frappe se pavanent sous leurs nez.

Que leur propose-t-on ? un site internet ! une plainte à distance ! un téléphone lointain ! Autant s’en remettre à Dieu …. D’ailleurs beaucoup le font. Qu’on ne vienne pas se plaindre ensuite.

Au fond, le résultat de l’ONDRP pourrait être bien pire.

Le plus difficile n’est pas passé pour la police et la gendarmerie. Que les décideurs ne s’imaginent pas que revenir sur les dégâts causés depuis 2002 prendra deux ou trois ans ! Il faudra peut-être une génération pour rétablir un peu de compréhension et beaucoup de patience et de courage pour les premiers qui voudront rétablir le contact.

Mais, au fond, cela pourrait être bien pire.

jmestries pour la grogn

.
.
POST SCRIPTUM .

Stroumpf assis

Si cet article a éveillé en vous le désir de ne pas rester assis, les bras croisés,
alors inscrivez vous sur ce blog et/ou sur nos pages Facebook .
1) Page FACEBOOK : Les amis d’Histoire de France (forum de discussion).
2) Page FACEBOOK : Histoire de France (rappel des articles + commentaires).
3°) Page FACEBOOK / Perso / Lio de France (tous les articles de Lio).

Laissez un commentaire, ou attendez tranquillement chez vous, qu’on vienne vous chercher …
Nous contacter ?  contact@histoiresdefrance.org
Faire un DON à O.N.G. Histoires de France®
Compte BITCOIN n° 1PFgEQ7vsD2tDKWLyfev2fQccQaEz5ePf3

 

PHI

Publicités

À propos de Lio de France

Lisez donc les posts de mes blogs : https://histoiresdefrance.wordpress.com http://polytechniquemines.wordpress.com http://viaducdufrioul.wordpress.com http://actionetcommunication.wordpress.com http://mercuredordefrance.wordpress.com http://atrium-center.blogspot.com http://delannoy.blogspirit.com ainsi que les blogs en français dont je corrige l'orthographe : http://chayR.blogspirit.com http://cigp.blogspirit.com http://doublegenre.wordpress.com

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Articles récents

histoires de France

Catégories

Follow Histoires de France on WordPress.com
novembre 2014
L M M J V S D
« Oct   Déc »
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 1 015 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :